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09 Oct

Un opus inédit : Le portrait de Nicolas de Fer par Hyacinthe Rigaud

Publié par Stéphan Perreau

A gauche : Pierre Dupin d'après Hyacinthe Rigaud, portrait de Nicolas de Fer, géographe. Commerce d'art © dr

A gauche : Pierre Dupin d'après Hyacinthe Rigaud, portrait de Nicolas de Fer, géographe. Commerce d'art © dr

Il est de ces postures particulièrement propres au vocabulaire d’Hyacinthe Rigaud auxquelles le public commence à se familiariser, et dans lesquelles aussi bien la pompe que le savant décorum tiennent une place prépondérante. D’autres, se font plus rares même si l’on y décèle imperceptiblement la main du maître et cela, même si aucune indication ne permet a priori de les rattacher au corpus rigaudien.

Pierre Dupin d'après Hyacinthe Rigaud, portrait de Nicolas de Fer, géographe. Leipzig, Deutshe Nationalbibliothek © DNbL

Pierre Dupin d'après Hyacinthe Rigaud, portrait de Nicolas de Fer, géographe. Leipzig, Deutshe Nationalbibliothek © DNbL

Le portrait de Nicolas de Fer (v.1647-1720), géographe du Dauphin dès 1690 puis ordinaire du roi en 1702 est de ceux-là. Élaboré sur le type de d’un « portrait avec une main » valant systématiquement 300 livres, ce portrait n’apparaît curieusement pas dans les livres de comptes de Rigaud. Il n’est pas même mentionné dans le premier catalogue des gravures faites d’après Rigaud que réalisa son ami et académicien Hendrick Van Huslt. C’est ici l’exception qui confirme une certaine règle selon laquelle les compte de l'artiste n’étaient point infaillibles.

 

Pierre Dupin d'après Hyacinthe Rigaud, portrait de Nicolas de Fer (détail). Leipzig, Deutshe Nationalbibliothek © DNbL

Pierre Dupin d'après Hyacinthe Rigaud, portrait de Nicolas de Fer (détail). Leipzig, Deutshe Nationalbibliothek © DNbL

Ainsi, un exemplaire tronqué et découpé à l’ovale de la gravure qu’en fit peut-être Pierre Dupin en 1746 (voir au début de cet article) sera prochainement mis en vente comme en-tête d’une édition posthume de l’Histoire des rois de France depuis Pharamond jusqu’à notre Auguste Monarque Louis Quinze, Enrichie de leurs portraits et faits les plus mémorables, composée de Soixante et cinq planches en taille douce. Proposé par la maison de vente Darmancier & Clair à Bourges le 23 octobre prochain sous le lot 95, l’ouvrage était dédié au Roy en 1722, soit deux ans après le décès de De Fer. Il fut donc agrémenté artificiellement du découpage de l’estampe en guise frontispice car, comme nous l’avons vu, la planche était bien plus antérieure.

Présenté à mi-corps, le buste tourné de trois quart vers la droite de la scène, vêtu d’un ample manteau dont il maintient le pan d’une main délicate déjà occupée par un porte-mine, De Fer, cache son autre main sous le fatras retroussis du manteau qui, lequel laisse entrevoir une veste de brocart richement sur-brodée. La perruque est large, assez haute, terminée en son faîte de deux cheminées légèrement recourbées dans leur couronnement, symptôme d’une mode des années 1710. De fait, l’homme ne paraît plus très jeune mais plutôt en fin de sa carrière. Dans la bordure de l’ovale, sur un fond rectangulaire, on lit la légende suivante : « Nicolas de Fer Géographe de Sa Majesté Catholique et de Monseigneur de Dauphin, Mort en 1720 ».

 

Dessous, une tablette flanquée d’attributs géométriques (n'oublions pas que la boutique de Nicolas de Fer avait pour enseigne La Sphère Royale, symbole qu'il affiche sur un grand nombre de ses réalisations). Sur la tablette on lit les quatre vers : « A servir le public j'ay employé mes jours, // En habile géographe j'ai parcouru la terre. // Et si par mes travaux j'ay pu le satisfaire. // Qu'il demande pour moy le céleste séjour. ». Dans certaines épreuve, sous le trait carré, on lit « P. Dupin sculpsit 1746 ».

Pierre Dupin d'après Hyacinthe Rigaud, portrait de Nicolas de Fer (détail). Leipzig, Deutshe Nationalbibliothek © DNbL

Pierre Dupin d'après Hyacinthe Rigaud, portrait de Nicolas de Fer (détail). Leipzig, Deutshe Nationalbibliothek © DNbL

 

 

Il suffit pour se convaincre de l’authenticité du créateur de l’image de se rappeler les portrait en contrepartie de l'estampe, représentant par exemple Nicolas de Magnianis, peint en 1709 ou encore Pierre de Monthiers, réalisé quant à lui en 1711, et à l’occasion duquel article nous dressions un état général de ce type de portrait dans le catalogue de Rigaud.  Force est de constater qu’aucun des experts de la place, et a fortiori nous même, n’avions fait le rapprochement entre la gravure de Dupin, souvent sans légende ni lettre d’auteur, et une nouvelle production de Hyacinthe Rigaud. Sans écarter la possibilité qu’a eue Dupin, dégagé de la mort de Rigaud, de produire un pastiche gravé d’une œuvre n’ayant jamais existé, nous sommes tout de même enclins à penser qu’il s’agit ici d’une œuvre originale compte tenu de la grande qualité psychologique qui émane de la face du modèle.

 

Dans son Catalogue général des ventes publiques de tableaux et estampes depuis 1737 jusqu'à nos jours (Paris, 1866, p. 269), M. P. Defer nous dresse un rapide résumé de la carrière du Géographe dont la notice d’Autorité de la Bibliothèque Nationale de France apportera de plus précis renseignements encore.

 

 

Nicolas de Fer, Plan de paris, 1705. Coll. Priv. © photo Stéphan Perreau

Nicolas de Fer, Plan de paris, 1705. Coll. Priv. © photo Stéphan Perreau

« Né à Paris en 1646 ; mort en 1720. Ce géographe parcourut l’Italie, l’Allemagne et d’autres parties de l’Europe. Le catalogue de ses ouvrages et de ses cartes géographiques se trouve dans la Méthode pour étudier la Géographie, par Lenglet Dufresnoy, N. De Fer a fait graver plus de 600 cartes, dont plusieurs sont enjolivées d'ornements. De ce nombre est un Nouveau Plan de Paris, fait sur les Mémoires de Jouvin de Rochefort, corrigé, augmenté et enrichi des Vues de Versailles, Meudon, Fontainebleau et autres maisons royales situées aux environs de Paris, et dressées sur les lieux par N. De Fer, en 1697. Ce plan en 4 feuilles. (Vente P. Defer, 1859, 92 fr.) — Allas curieux, ou le Monde représenté dans des Cartes générales et particulières du Ciel et de la Terre, par N. De Fer, géographe de Monseigneur le Dauphin. Paris, 1705, 2 vol. in-fol. Oblong de 231 cartes et vues. Le portrait de ce géographe a été gravé in-fol[1]. Il est sans nom d'auteur ; […] L’estampe a été aussi [sic] ; [gravée] in-fol., par Dupin, et deux autres in-4° et in-8°. »

 

La notice d’Autorité de la Bibliothèque Nationale de France, outre un état détaillé de ses productions, apporte quelques précisions supplémentaires : Éditeur et marchand de cartes et d'estampes Nicolas de fer fut également graveur. Géographe (ordinaire) de Sa Majesté catholique (1702) et de Monseigneur le Dauphin 1690) ; géographe des Enfants royaux, il était le fils du marchand d'estampes Antoine de Fer. Lors de son entrée en apprentissage chez le graveur Louis Spirinx en mai 1659, il est dit avoir 12 ans. Il travaille avec son père jusqu'à la mort de ce dernier en juin 1673, puis avec sa mère jusqu'en 1687, année où celle-ci lui cède son commerce (8 nov. 1687). Ingénieur et cartographe, il a sans doute exercé l'art de la gravure mais aucune œuvre à son nom ne semble avoir subsisté. Il Emploie plusieurs graveurs qui emportent l'ouvrage dans leur atelier. Son Inventaire après décès est dressé le 6 nov. 1720 et, faute d'acheteur, ses trois gendres, le papetier Guillaume Danet, les graveurs Rémy Richer et Jacques-François Bénard, se partagent l'affaire en trois lots égaux. Seuls G. Danet et J.-F. Bénard continuent le commerce.

Introduction à la Géographie avec portrait gravé de Nicolas de Fer. Commerce d'art © d.r.

Introduction à la Géographie avec portrait gravé de Nicolas de Fer. Commerce d'art © d.r.

Dans l’illustration de l’Introduction à la Géographie datée de 1717, l’estampe reprend les même codes mais paraît plus maladroite, moins qualitative. Le porte mine tenu par De Fer a disparu et les drapés sont autant schématisés que le visage n’arbore guère plus d’expression.

 


[1] 25,1 x 18,4 cm à la feuille. D’autres tirages (notamment celui de la Deutshe Nationalbibliothek de Leipzig), donnent 25,7 x 18,9 cm à la feuille et 252 x 183 mm au coup de planche. Le n°57 de l’Inventaire du Fonds français de Marcel Roux (tome VIII, 1995, p. 217) donne les dimensions suivantes : 38,6 x 27,6 cm (2 épreuves : Ef. 1, in. Fol. Et N2).

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