Hyacinthe Rigaud, portrait de Monsieur de La Valette, 1701, collection particulière © Stéphan Perreau (avec l'aimable autorisation du propriétaire)

Hyacinthe Rigaud, portrait de Monsieur de La Valette, 1701, collection particulière © Stéphan Perreau (avec l'aimable autorisation du propriétaire)

On le sait, la redécouverte d'un nouvel opus d'Hyacinthe Rigaud est, pour le chercheur, un plaisir d'autant plus renouvelé que nombre de numéros du catalogue de l'artiste restent encore orphelins d'iconographie et méconnus d'identification. Que l'image soit nouvelle, belle et ne soit pas proposée aux enchères publiques ajoute encore à cette émotion ressentie, surtout lorsque qu'elle apparaît fortuitement, au détour d'une embrasure de porte d'une demeure de campagne où nous étions initialement venu examiner un grand format peint par Jean Ranc, fruit d'une longue enquête.

Fortuitement donc ? Pas tout à fait à la vérité puisqu'au terme des trois heures que dura la rencontre, son aimable propriétaire avait prévu de nous montrer son intriguant Rigaud en le décrochant de ses murs pour un examen tout à loisir. Ce ravissement inattendu s'ajouta ainsi au plaisir procuré par le Ranc et, pour l'avouer, il nous fut difficile d'en revenir pour un bon moment.

Heureusement conservé au gré des partages de successions, chez l'un descendants du modèle depuis sa création, ce très spirituel portrait de Jean-Baptiste Planelli de Mascrany, seigneur de La Valette (1680-1758), peint par Hyacinthe Rigaud à Paris en 1701 (comme l'indiquait une antienne étiquette rapporté sur le châssis après rentoilage) correspond idéalement à sa mention à cette date dans les livres de comptes contre 150 livres, soit un buste. Les manuscrits de l'artiste précisent d'ailleurs que l'on eut recours à l'aide d'atelier lyonnais Charles Viennot pour peindre l'habit contre une somme non précisée.

Hyacinthe Rigaud, portrait de Monsieur de La Valette (détails), 1701, collection particulière © Stéphan Perreau (avec l'aimable autorisation du propriétaire)
Hyacinthe Rigaud, portrait de Monsieur de La Valette (détails), 1701, collection particulière © Stéphan Perreau (avec l'aimable autorisation du propriétaire)
Hyacinthe Rigaud, portrait de Monsieur de La Valette (détails), 1701, collection particulière © Stéphan Perreau (avec l'aimable autorisation du propriétaire)

Hyacinthe Rigaud, portrait de Monsieur de La Valette (détails), 1701, collection particulière © Stéphan Perreau (avec l'aimable autorisation du propriétaire)

Disposé de trois quart devant son peintre, sur un fond neutre et dans un ovale feint, le jeune homme tend un bras vers l'extérieur de la composition, reprenant ainsi une attitude dynamique qu'affectionnait particulièrement l'artiste entre 1690 et 1705. Qu'ils aient été militaires ou gentilshommes, les clients goûtèrent eux aussi l'élan de la posture. La Valette, tout juste âgé de 21 ans, arbore ici un habit veste à motifs de brocard d'or, boutonné sur une chemise de fin coton. Son buste est ceint d'un large manteau de velours bleu au savant jeu de plis, doublé de soie moirée et galonné d'or. Son regard, assurément doux, illumine un visage aux traits fins et virils, éclairé d'une forte lumière venant de la gauche. Ses longs cheveux enfin, traités au naturel en un grand mouvement vers l'arrière, achèvent de conférer à l'ensemble un « indéniable chic ».

Également seigneur de Charly, Vernaison, du Vivier et de Montagneux, Monsieur de La Valette était issu d'une famille italienne, les Planelli (ou Pianello ou Planello) originaires de Bitonto, au royaume de Naples et établis à Lyon dès 1560. Son père, Laurent Pianello de La Valette (1644-1718), fut un président du bureau des finances de Lyon remarqué et un ancien prévôt des marchands. Marié à Laure de Mascrany, ce dernier fut également homme de goût, constituant une collection de peintures et d'antiques mais surtout une bibliothèque qui eut un grand renom. Son fils sembla moins assidu à la l'accroissement de cette collection et laissa à son propre fils, Laurent II (1707-1792), le soin de la mettre en valeur. 

Signature de Jean-Baptiste de La Valette au bas de son acte de mariage en 1707, à Lyon, paroisse Sainte Croix © d.r.

Signature de Jean-Baptiste de La Valette au bas de son acte de mariage en 1707, à Lyon, paroisse Sainte Croix © d.r.

Chevalier, conseiller du roy en sa cour des Monnaies de Lyon (créée en 1704 comme extension de celle de Paris), Jean-Baptiste en devint honoraire en 1720 tout en obtenant du roi l'autorisation de porter les armes des Planelli de Genes. Il épousa le 8 février 1707 à Lyon, sur la paroisse Sainte Croix, Claudine de Serre de Charly (1687-1757), fille d'un conseiller honoraire de la cour des Monnaies de Lyon et reçu à cette occasion de son père la somme très conséquente de 200 000 livres.

Quelques années plus tôt, vers 1695, sa mère avait sollicité le concurrent amical de Rigaud, Nicolas de Largillierre pour son propre portrait en tenue d'intérieur, doublé de fourrure. Inédit lui aussi et conservé sur les mêmes cimaises que son fils, il fut rentoilé sans doute à la même époque et porte sur son châssis une ancienne signature rapportée après l'opération : « peint par N. de Largilierre ».

Nicolas de Largillierre, portrait de Laure de Mascragny, v. 1695, collection particulière © Stéphan Perreau (avec l'aimable autorisation du propriétaire)

Nicolas de Largillierre, portrait de Laure de Mascragny, v. 1695, collection particulière © Stéphan Perreau (avec l'aimable autorisation du propriétaire)

En présence de tant d'élégance, on ne saurait que trop remercier le propriétaire de ces joyaux qui, spontanément et sans réserves, nous a permis de les publier et de partager avec le public l'émotion qui fut la nôtre à leur découverte.

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