Les Rigaud du Museum d'Histoire Nationale de Frederiksborg

En ses temps complexes de crise sanitaire, il est toujours bon rêver au voyage. Heureusement, nombreux sont les musées qui mettent petit à petit leurs collections en ligne, permettant au public de préparer ses visites ou de suppléer à la difficulté de déplacement. C'est le cas du spectaculaire château de Frederiksborg situé sur le lac Slotsø à Hillerød, à 30 kilomètres de Copenhague. Outre une situation et une architecture exceptionnelle, ce « Versailles danois » abrite depuis 1878 le musée d'histoire nationale qui présente une collection remarquable de portraits, peintures historiques, meubles, tapisseries et art décoratifs, la plus riche du pays. Une visite à 360° degré en pleine immersion vous est proposée avec le lien suivant :

http://www.360-foto.dk/nationalhistorisk-museum/

 

Les Rigaud du Museum d'Histoire Nationale de Frederiksborg

La visite de chaque espace vaut vraiment la peine que l'on s'y attarde avant de pouvoir découvrir, salles 41 et 42, quelques beaux spécimens de l'art d'Hyacinthe Rigaud. L'actualité particulièrement riche sur l'artiste en cette année 2020 nous permet de remettre quelque peu l'accent sur ces personnages venus du Nord pour des ambassades ou des grands tours et ayant sollicité les plus grands portraitistes parisiens. Sur chaque image, des « puces » d'information vous permettent d'ailleurs, en cliquant dessus, de faire apparaître les fiches techniques des différents tableaux auxquels elles renvoient.

Salle 41 : dans la fenêre, à gauche Iver Rosenkrantz et, à droitr, Frederic con Wahlter

Salle 41 : dans la fenêre, à gauche Iver Rosenkrantz et, à droitr, Frederic con Wahlter

On y voit, dans un premier embrasement de fenêtre, un ovale figurant le pétulant Iver Rosenkrantz af Rosenholm (1674-1745), futur diplomate et ministre d'État que Rigaud peignit en 1697. Le jeune homme n'avait alors que 23 ans et effectuait alors son « Grand Tour » initiatique en Europe comme bon nombre de ses compatriotes. Rigaud inventa, ou du moins réutilisa pour ces princes des postures tout en légèreté, sans décorum ni superflu, les représentant de préférence en armure, sans les mains, tournés de côté. Il n'est donc pas étonnant de retrouver, dans le portrait du  duc Johann-Wilhelm von Sachsen Gotha Altenburg (1677-1707) peint en 1700 au même âge que Rosenkrantz, une grande similitude de ton. L'ovale, toujours conservé au Schlossmuseum Stiftung Schloss Friedenstein de Gotha évoque également celui du landgrave Frédéric de Hesse (1676-1751), qui deviendra roi de Suède en 1719, et dont la simplicité poétique agrémente les murs bleu pastel du château de la Fansanerie de Fulda où nous l'avions alors redécouvert et photographié pour la première fois en 2010.

Par Hyacinthe Rigaud : à gauche, Iver Rosenkranz ; au centre, Frédérick de Hesse ; à droite, Johann-Wilhelm von Sachsen Gotha © Stéphan Perreau d.r.

Par Hyacinthe Rigaud : à gauche, Iver Rosenkranz ; au centre, Frédérick de Hesse ; à droite, Johann-Wilhelm von Sachsen Gotha © Stéphan Perreau d.r.

Pour revenir à Fredericksborg, et face à Iver Rosenkrantz, est accrochée l'image du général danois, Fréderick von Walter (1649-1718), ami proche du duc Anton-Ulrich von Braunschweig en compagnie duquel il se fera peindre à Paris en 1702 par Rigaud. Directeur de la maison de la reine Louise of Mecklenburg-Gustrow (épouse de  Frédérick IV), Walter fut non seulement un fin militaire, voyageur impénitent mais précepteur des princes suédois.

Un peu plus loin, après avoir laissé à droite le somptueux lit de parade flanqué de tapisserie sur des cartons de Charles Le Brun, la dernière embrasure et le dessus d'une porte montrent aux yeux émerveillés des admirateurs de Rigaud, trois de ses plus élégantes compositions.

À gauche, l'effigie de l'ambassadeur Henning Meyercroon (1645-1707), posant dans une parc tout auréolé du grand falbala rosé de son manteau qui appartient à ces grandes compositions décontractées que l'artiste popularisa peu de temps après son arrivée à Paris. Peinte en 1691, elle emprunte sans complexe au Maximilien Titon de 1688 un même faux négligé destiné (à demi mot), à concentrer l'attention sur la décontraction du modèle plus que sur sa fonction officielle.

Salle 41 ; à gauche dans la fenêtre, Henning Meyercroon et, face à eux, les desu princes Meyercroon © d.r.

Salle 41 ; à gauche dans la fenêtre, Henning Meyercroon et, face à eux, les desu princes Meyercroon © d.r.

Face à lui, « trônent » deux frères, Christian Gyldenloeve (1674-1703), comte de Samsøe et Ulrik-Christian Gyldenloeve (1678-1719), tous deux fils illégitimes du roi Christian V et de sa maîtresse officielle, Sophie Amalie Moth (1654-1719).

Hyacinthe Rigaud, portrait de Christian Gyldenloeve, 1693 (à droite) et de Ulrik Christian Gyldenloeve, 1696 (à droite), Frederickborg © d.r.
Hyacinthe Rigaud, portrait de Christian Gyldenloeve, 1693 (à droite) et de Ulrik Christian Gyldenloeve, 1696 (à droite), Frederickborg © d.r.

Hyacinthe Rigaud, portrait de Christian Gyldenloeve, 1693 (à droite) et de Ulrik Christian Gyldenloeve, 1696 (à droite), Frederickborg © d.r.

Le premier, peint en 1696 (année de son mariage), impose au spectateur l'image d'un jeune militaire s'étant illustré dans l'armée danoise. Il porte ainsi ostensiblement les deux grands insignes honorifiques de son pays : la grand croix de l’ordre de Dannebrog, cousue sur le manteau ainsi que que celui, en émail, de l'éléphant blanc, suspendu à un ruban ruban bleu moiré passé de l’épaule gauche au côté droit. Présenté devant un choc de cavalerie, en arrière-fond du tableau, le modèle pose, une main posée sur un bâton de commandement, dans une attitude qui sera reprise toute au long de la carrière de Rigaud, du portrait du duc de Villars (1704) à celui du prince de Lichtenstein (1740), sans oublier le duc d'Antin (1710).

Jean Ranc d'après RIgaud, portrait de Louis XIV, 1697, musée de Brünswich © d.r. : À droite : Hyacinthe Rigaud, portrait d'Ulrik-Christian Gyldenloove, 1696, Fredericksborg © d.r.

Jean Ranc d'après RIgaud, portrait de Louis XIV, 1697, musée de Brünswich © d.r. : À droite : Hyacinthe Rigaud, portrait d'Ulrik-Christian Gyldenloove, 1696, Fredericksborg © d.r.

Son frère, Ulrik-Christian, quant à lui, emprunte ni plus ni moins au premier portrait de Louis XIV des années 1694-1696, une pose martiale qui fera recette, se posant de fait comme l'égal du monarque français. L'attitude sera d'ailleurs largement dupliquée par de nombreux aides, en demi-armure ou en armure complète, certains aides s'en faisant une spécialité comme Jean Ranc qui ébaucha dès 1696 « une grande copie du roi ». Plusieurs autres versions « armées » ou « en grand » suivirent dès 1697 puis en 1699, date à laquelle Ranc fut également chargé de copier le portrait du prince danois, preuve qu'on lui fit entière confiance pour la réussie de l'entreprise.

Surtout ne manquez pas la suite des salles, toutes plus intéressantes les unes que les autres. On plonge alors dans une féérie plus illustratrice des lumières, plus intime aussi, faite de pastels, de petits formats où résonnent les noms de Tocqué, Roslin, Largillierre et bien d'autres et parmi lesquels se glissent ça et là quelques copies d'après Rigaud...

Pour poursuivre votre visite, je vous engage à consulter le site des collections en ligne du musée. Le mode recherche n'est pas toujours aisé à manier mais en se laissant guider par les rubriques proposées, on arrive toujours à y trouver l'essentiel. Vous trouverez le lien direct sous l'image.

Les Rigaud du Museum d'Histoire Nationale de Frederiksborg
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