Atelier d'Hyacinthe Rigaud, portrait de jeune femme dans un parc © Galerie de Chartres

Atelier d'Hyacinthe Rigaud, portrait de jeune femme dans un parc © Galerie de Chartres

Dans l'attente de clichés de meilleure qualité que nous avons demandé à l'expert et à la maison de vente de Chartres, on peut dores et déjà dire que le très élégant portrait de jeune femme qui y sera cédé au plus offrant le 8 mars prochain appartient sans conteste au vocabulaire, à la technique et au répertoire des œuvres d'Hyacinthe Rigaud.

 

La jeune femme, célébrée à l'occasion d'un évident récent mariage, comme en atteste le brin d'oranger en fleur qu'elle tient dans ses mains jointes, est assise sur un banc de pierre, élément de décor choisi fort à propos pour la disposer dans un décor de paysage fait, à gauche, d'un socle supportant une colonne habillée d'un rideau.

 

Derrière elle, sourd un paysage presque crépusculaire et, à droite, ce que l'on devine comme une corbeille de fleurs tendue vers elle qui viendrait appuyer qui l'allusion du mariage, qui celui de la fécondité, qui celui de la jeunesse et de la beauté... c'est selon

Hyacinthe Rigaud, portrait de Marguerite Françoise Béraud, 1697, coll. priv. © Stéphan Perreau

Hyacinthe Rigaud, portrait de Marguerite Françoise Béraud, 1697, coll. priv. © Stéphan Perreau

On avait déjà vu à maintes reprises cette posture : pour le portrait de Madame Colbert (Marguerite Françoise Béraud), peinte en 1697 puis pour celui de la marquise d'Usson de Bonnac figurée en 1707 et celle, enfin celui d'une jolie inconnue, dessinée dans les mêmes années.

Hyacinthe Rigaud (et atelier), portrait de la marquise d'Usson de Bonnac. 1707. The Nelson Atkins museum of art © NATMA

Hyacinthe Rigaud (et atelier), portrait de la marquise d'Usson de Bonnac. 1707. The Nelson Atkins museum of art © NATMA

Hyacinthe Rigaud, portrait de femme inconnue. v. 1690-1700. The collection Jeffrey Horwitz © d.r.

Hyacinthe Rigaud, portrait de femme inconnue. v. 1690-1700. The collection Jeffrey Horwitz © d.r.

La jeune femme de la vente de Chartres, rejoint donc ses consœurs, présentant comme elles, une coiffure héritée des « fontanges » très à la mode à la fin du XVIIe siècle mais réutilisées et variées durant toute la première décennie du nouveau siècle. Les deux cheminées sommitales de ses jolis cheveux blonds sont agrémentées de fleurs tandis que deux longues mèches retombent de part et d'autre du cou, l'une en boucle sur l'épaule gauche, l'autre semi-tressée d'un ruban bleu sur l'épaule droite. 

 

Un certain nombre de variantes apparaissent dans l'ordonnance de la robe, et ce, par rapport aux modèles connus. Les manches à revers de soie verte sont ici épinglées à mi-hauteur par une broche qui laisse voir une sous chemise de belle dentelle, elle-même surplombant la traditionnelle tunique de coton avec ses engageantes. La robe, également de soie, mais d'un ton crème, est tout particulièrement soignée, brodée d'or sur le devant du plastron qu'une meilleure photo nous aidera sans doute mieux décrire.

 

Le manteau, d'un rose éclatant, est ordonné, à droite, à l'exemple de celles de Madame Colbert et de la marquise d'Usson. Mais il se fait toutefois plus volubile dans le dos de la modèle, avec un gros noeud et un « retombé » tout en architecture de moiré.

 

L'attribution à Ranc, sans doute motivée par les couleurs sucrées de la composition, doit être rejetée du catalogue que nous préparons depuis 2012, tant la manière de Rigaud est ici présente dans toutes les parties de la composition. Nous montreront très prochainement combien la juxtaposition d'œuvres attestées de Ranc permet d'illustrer au mieux ce rejet.

 

Nous reviendrons dont très vite sur la description de ce beau portrait tout à fait inédit.

 

Atelier d'Hyacinthe Rigaud, portrait de jeune femme dans un parc (détail) © Galerie de Chartres

Atelier d'Hyacinthe Rigaud, portrait de jeune femme dans un parc (détail) © Galerie de Chartres

mise à jour 28 mars 2018

 

La Galerie de Chartres nous ayant très aimablement fourni un cliché de meilleure définition, nous pouvons dès à présent affirmer que l'élégante image créée par Rigaud dès 1697 pour Madame Colbert, a ici été réappropriée par un artiste soit issu du du cénacle du maître, soit bien au fait de ses productions.

 

Cette constatation peut être aisément soutenue car l'on constate, sinon une reproduction fidèle des différentes parties d'une composition à succès, du moins un fini beaucoup moins léché, une manière un peu plus « brouillonne » de rendre les textures. Nous disposons en effet de très bons éléments autographes et suffisants en quantité aux mêmes périodes, pour que la comparaison amène à une telle conclusion.

Atelier d'Hyacinthe Rigaud, portrait de jeune femme dans un parc (détail) © Galerie de Chartres

Atelier d'Hyacinthe Rigaud, portrait de jeune femme dans un parc (détail) © Galerie de Chartres

 

Élégante, raffinée et précieuse, la posture n'en perd aucunement son effet. Si l'on peut observer l'absence de l'humeur blanche traditionnelle, au bas des paupières de la modèle ainsi que le traitement en « brosse » des plis du manteau dont les accents de lumière ne se trouvent pas fondus aux ombres qui les jouxtent (à l'instar de la manière illusionniste habituelle chez Rigaud), cette nouvelle façon reste un Tout. L'osmose est donc préservée, quoique légèrement plus scolaire, voire même impressionniste par endroits, comme dans ces fleurs disposées dans les cheveux dont les contours diffus tranchent avec la rigueur du Catalan.

 

Ce sentiment est particulièrement vrai dans le rendu du dessin général, et notamment dans les plis des manches de coton moins précis qu'à l'ordinaire. On aurait trot pourtant de ne relever que les moins dans ce bien joli portrait dont la fraicheur qu'une belle restauration peut promettre, permet à l'historien de mieux documenter encore le succès d'une telle posture.

 

La figuration tout en rondeur du brin d'oranger, dont les fleurs non encore écloses semblent soutenir la même promesse d'un futur éclat, suffit presque à convaincre de l'application dont fit preuve l'artiste. 

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