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08 Jun

Quand Hyacinthe Rigaud peint son ami Charles de La Fosse

Publié par Stéphan Perreau

 

1691---Charles-de-La-Fosse--Joron-Derem-.jpg

D'après Hyacinthe RIgaud. Portrait de Charles de La Fosse © Joron-Derem

 

Les liens entre Hyacinthe Rigaud et ses contemporains, peintres, sculpteurs, architectes, graveurs ou dessinateurs sont attestés depuis fort longtemps. Formé à Lyon dans la seconde partie de sa jeunesse, l'artiste catalan s'y lia notamment avec les Drevet et les Audran, graveurs fameux qui sétabliront également à Paris et deviendront les diffuseurs assidus de l'oeuvre du peintre. Rigaud fit ensuite son apprentissage à l'Académie Royale de Peinture et Sculpture et y rencontra tout le cénacle des professeurs les plus prestigieux : Mignard, Le Brun, et... Charles de La Fosse que l'on retrouve ici, à l'occasion d'une vente chez Aguttes le 21 juin prochain.

 

La toile proposée (lot. 23) nous était connue. Elle avait déjà été vendue par la maison Tajan à l'hôtel Drouot le 16 octobre 1997 (lot. 35, non reproduit dans le catalogue) puis reproposée, le 21 septembre 2008, lors d'une vente organisée au château de Neuville par Joron-Derem (lot. 171). Estimée un peu moins de 8000 euros et restée invendue, elle retombe aujourd'hui à 3000 en son estimation basse.

 

A chaque fois, les dimensions du tableau ont varié mais les soulèvements et manques, eux, sont restés inchangés. 

 

1997 : H. 99 ; L. 81 cm.

2008 : H. 97 ; L. 80 cm.

2011 : H. 97 ; L. 78 cm.

 

Jusqu'à la publication de notre ouvrage sur Rigaud, en 2004, où nous faisions un fait un point sur l'iconographie de Charles de La Fosse chez Rigaud en publiant pour la première fois l'image du tableau (Stéphan Perreau, "Hyacinthe Rigaud, le peintre des rois", 2004 (2012), p. 18, repr. fig. 6), l'oeuvre n'avait fait l'objet que de mentions. La plus détaillée fut celle de Dominique Brême, en 2000, lorsqu'il intégrait la toile en partie d'une notice sur un dessin correspondant, préparatoire à la gravure de Duchange. Brême fut le premier à « publier » sur  les dessins de Rigaud à l'occasion de la merveilleuse exposition « Hyacinthe Rigaud dessinateur » qu'il organisa sur ce sujet cette année-là à Meaux.

 

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D'après Hyacinthe Rigaud (ou Duchange ?) : portrait de Charles de La Fosse. Sanguine, H. 25,7 ; L. 20,3 & 21,3 (irrégulier). Stuttgart, Staatsgalerie Graphische Sammlung. Inv. 1888   © S.S.G.S

 

En 2005, Pierre Rosenberg et David Mandrella, avaient mentionné l'original berlinois dans leur tour d'horizon des peintures françaises conservées dans les musées allemands (Rosenberg & Mandrella, Gesamtverzeichnis Französische Gemälde des 17. und 18. Jahrhunderts in deutschen Sammlungen, Bonn-München, 2005, n°952, p. 164, repr. p. 165). Depuis, Mme Clémentine Gustin-Gomez a permi de replacer la toile dans l'oeuvre du professeur de Rigaud en publiant, chez Faton, en 2006, le catalogue raisonné de La Fosse.

 

Le tableau de la vente Aguttes est donc clairement une copie de l'original peint par Rigaud en 1691 et aujourd'hui conservé château de Charlottenbourg de Berlin (huile sur toile, H. 116 ; L. 91 cm ; inv. GKI2625).

 

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Hyacinthe Rigaud : portrait de Charles de La Fosse (1691) - Berlin Schloss Charlottenburg © BSMG

 

La version Piasa-Joron-Aguttes présente plusieures différences par rapport à la toile originale. Outre certaines maladresses anatomiques (menton, mains cubiques), l'agencement du grand drapé diffère en maints points (sur le devant, sous le bras gauche...). Le col de la chemise, avec ses bouton, est également très dissemblable. Le chevalet et la toile du fond à gauche ont disparu au profit d'une colonne annelée... Cette posture, correspond pourtant à un second portrait.

En effet, un an après son arrivée à Paris, Hyacinthe Rigaud avait peint et offert dès 1682, un buste ovale de son maître dont nous avons également découvert une seconde version dans une collection privée du sud de la France (Hulst/2, p. 153 ; Hulst/3, p. 173 ; J. Roman, 1919, p. 28).

​​​​​​​Hyacinthe Rigaud : portrait de Charles de La Fosse, 1682 © d.r.

​​​​​​​Hyacinthe Rigaud : portrait de Charles de La Fosse, 1682 © d.r.

 

C'est sans doute la nouvelle version de 1691, plus ambitieuse, qui fut exposée au Salon de 1704 ( Jules Guiffrey, Collection des livrets des anciennes expositions depuis 1673 jusqu’en 1800, Salon de 1704 – III, Paris, Liepmannssohn et Dufour, avril 1869, p 40) puis mentionné dans l’inventaire après décès de Madame de La Fosse (voir Gustin-Gomez : « et à l’égard du portrait dudit deffunt sieur de La Fosse estant dans la salle de l’appartement de ladite dame peint par le sieur Rigault, il n’a pas esté inventorié »).

 

Dans les deux portraits de La Fosse, Rigaud se fait fin psychologue, artiste délié, souple et virtuose. En 1691, le peintre de l'Académie est figuré à mi-corps, dans une pose décontractée, vêtu d’un ample manteau sombre, le visage tourné vers la droite et le regard perdu à l’extérieur de la composition. La sanguine vue plus haut est sans doute préparatoire à la gravure de Gaspard Duchange (1682-1757), que ce dernier présenta comme pièce de réception le 30 mai 1707 à l’Académie. Huslt décrit la planche comme un buste sans mains « mais accomodé de goût par Rigaud pour être mis en estampe, avec une palette et des pinceaux sur le rebord d’architecture qui forme une espèce de fenêtre. Les qualités qui, en cette inscription, sont données à la Fosse sont celles qu’il possédoit en 1707 ». Avec la lettre suivante : « CHARLES DE LA FOSSE / Peintre ordinaire du Roy, Ancien Directeur et Recteur en son / Académie Royale / Peint par Hyacinthe Rigaud – Gravé par Duchange pour sa Réception à l’Académie en 1707. » Deux états connus (Brême, 2000, n°40, p. 67, repr. p. 10. 35,5 x 25 cm. Gustin-Gomez, 2006, II, cat. I.9, p. 349).

 

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Charles Duchange d'après Hyacinthe Rigaud : portrait de Charles de La Fosse (1707)  © S. Perreau

 

Une autre gravure fut réalisée par Dominique Sonique en 1738 selon Hulst, dans un ovale de pierre surmontant un cartouche, « buste comme le précédent, mais où l’on a retranché les accompagnements extérieurs. L’estampe de la grandeur de celles de la collection d’Odieuvre dont elle fait partie [...] CHARLES DE LA FOSSE / DE L’ACADEMIE DE PEINTURE / Né à Paris, mort le x.bre 1716. Agé de près de 80 ans. » Sous le modèle, respectivement à gauche et à droite : « H. Rigaud Pinx - D. Sornique Sculp. » 8 x 6,5 cm. (Gustin-Gomez, 2006, II, cat. I.10, p. 349).

 

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Dominique Sornique d'après Hyacinthe Rigaud : portrait de Charles de La Fosse (1738)  © S. Perreau

 

Enfin, Mme Gustin Gomez signale une énième estampe, réalisée par Anthony Walker (1726-1765) dans le même sens que le tableau avec la lettres suivante : « CHARLES DE LA FOSSE – A. Walker sculpt. » H. 17,7 ; L. 11,9 (Gustin-Gomez, 2006, II, cat. I.11, p. 349).

 

Brême juge que cette sanguine est peut-être le témoignage des premières idées du maître, jetées sur le papier d’après le portrait de Berlin. James-Sarazin, quant à elle, dans son opuscule sur le dessin dans l'art de Rigaud (publié trois ans plus tard mais qu'elle souligne avoir écrit avant Brème), voit plutôt « l’ajustement du portrait de Charles de La Fosse pour la gravure » ; travail que Rigaud aurait rapidement brossé d’après la toile actuellement conservée à Berlin, mais en simulant l’ovale de l’estampe et en modifiant le manteau terminé ici par un drapé sortant du cadre et en esquissant la palette qui apparaît en bas à gauche. Le tracé pourtant très hésitant et les contours parfois malhabiles du drapé, nous font pourtant nous interroger sur sa paternité. Peut-on en effet réellement considérer Rigaud si peu exigeant, même pour une esquisse ? Comment accepter un maître drapant le modèle avec si peu de vigueur ?

 

Aussi, compte tenu de l’aspect un peu gauche du drapé du dessin, couplé aux effets de lumière peu dignes du degré de perfection habituel du maître dans ses feuilles connues, il nous semble plus logique d’imaginer que ce travail fut réalisé par Duchange lui-même soit d’après la toile ou, plus probablement, d’après un dessin beaucoup plus achevé de Rigaud. 

 

La toile proposée à la vente par Aguttes ne fait donc pas oublier l'original berlinois, même s'il est souhaitable que ce dernier, en assez mauvais état, doive un jour bénéficier d'une restauration bien méritée !

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Clémentine Gustin 01/07/2011 18:08



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