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Suivez l'actualité du peintre Hyacinthe Rigaud (1659-1743). Inscrivez-vous !

14 Sep

Hyacinthe Rigaud et le portrait du Grand Dauphin

Publié par Stéphan Perreau

  P1040273

Suiveur de Hyacinthe Rigaud : portrait de Louis de Bourbon, « Grand Dauphin de France ». 

Marseille, commerce d'art (2011)  © d.r.

 

« Monseigneur était plutôt grand que petit, fort gros, mais sans être trop entassé, l’air fort haut et fort noble, sans rien de rude, et il aurait eu le visage fort agréable, si M. le prince de Conti le dernier mort ne lui avait pas cassé le nez par malheur en jouant, étant tous deux enfants. Il était d’un fort beau blond, avait le visage fort rouge de hâle partout, et fort plein, mais sans aucune physionomie ; les plus belles jambes du monde ; les pieds singulièrement petits et maigres. Il tâtonnait toujours en marchant, et mettait le pied à deux fois : il avait toujours peur de tomber, et il se faisait aider pour peu que le chemin ne fût pas parfaitement droit et uni. […] Il avait fort aimé la table, mais toujours sans indécence. Depuis cette grande indigestion qui fut prise d’abord pour apoplexie, il ne faisait guère qu’un vrai repas, et se contentait fort, quoique grand mangeur comme toute la maison royale. Presque tous ses portraits lui ressemblent bien. De caractère, il n’en avait aucun ; du sens assez, sans aucune sorte d’esprit, comme il parut dans l’affaire du testament du roi d’Espagne ; de la hauteur, de la dignité par nature, par prestance, par imitation du Roi ; de l’opiniâtreté sans mesure, et un tissu de petitesses arrangées, qui formaient tout le tissu de sa vie. Doux par paresse et par une sorte de stupidité, dur au fond, avec un extérieur de bonté qui ne portait que sur des subalternes et sur des valets, et qui ne s’exprimait que par des questions basses ; il était avec eux d’une familiarité prodigieuse, d’ailleurs, insensible à la misère et à la douleur des autres, en cela peut-être plutôt en proie à l’incurie et à l’imitation qu’à un mauvais naturel ».

 

Tel apparaît le portrait assez peu flatteur de Louis de France (1661-1711), dit le « Grand Dauphin », fils légitime unique de Louis XIV et de Marie-Thérèse d’Autriche, fait par Saint Simon dans ses Mémoires. Ce personnage clef dans la hiérarchie royale, que la lourde responsabilité successorale accablait souvent, fut l’un des modèles de Hyacinthe Rigaud en 1697. Une faible version en buste et en ovale du portrait original (rectangulaire et pris jusqu’aux genoux), vient d’être proposée en ce début septembre à Marseille par la maison Etude de Provence. Le modèle avait été faussement identifié comme « duc de Vendôme ». Avertie de la méprise, la société de vente redonna rapidement au tableau sa véritable identité. Si ce lot semble avoir un certain impact visuel, accentué par un joli cadre « à la marguerite », l’estimation basse de 6000 € nous semble vraiment excessive. En effet, il suffit de rentrer un peu dans l’œuvre pour découvrir des drapés grossiers, un fini très superficiel et une mine figée sans grande expression. L’estampillage « d’après Rigaud » prend ici tout son sens…

 

1697 - Louis de France, le Grand Dauphin (Madrid)

Hyacinthe Rigaud et Joseph Parrocel : portrait de Louis de Bourbon, « Grand Dauphin de France ». 1697

Madrid, musée du Prado © Patrimonio National


Le paiement du portrait original du Grand Dauphin par Hyacinthe Rigaud fut inscrit aux livres de comptes de l’artiste en 1697 pour 2000 livres (« Monseigneur le Dauphin fils du Roy, Le fonds de Parrocel[1]. Représenté à mi-corps, en armure, tenant un bâton de commandement, le fils de Louis XIV fit commémorer ici son éclatante participation au siège de la ville de Philipsbourg, en 1688, dans le cadre de la guerre de la Ligue d’Augsbourg


Depuis l'alliance de 1646, la place forte de Philipsbourg sur le Rhin (alors aux mains des Impériaux), avait été confiée aux Français pour y tenir garnison. La ville fut assiégée et reprise par les Autrichiens en octobre 1676, ce qui donna lieu au tirage de gravures perpétuant la cuisante défaite. Peut-être Rigaud s'inspira-t-il de celle publiée à Amsterdam par Romanus de Hooghe, dont il emprunte nettement la perspective.

 

plan de philipsburg 1676

Romanus de Hooghe : le siège de Philipsbourg en 1676. collection particulière © d.r.

 

Quoi qu'il en soit, Louis XIV tenait là un prétexte à reconquérir la place. Dès lors, l'idée germa de s'y faire remplacer par son fils et ce,  à la stupeur générale tant on croyait le « Gras Dauphin » incapable de commandement militaire. Sans doute le roi désira-t-il montrer à « Monsieur », son débauché de frère qui avait néanmoins brillé au combat, que son fils valait mieux en remportant d’éclatantes victoires.


On glosa d’ailleurs sur l’intérêt de cette nomination[2] :

 

Retourne en cour
Et quitte la cuirasse ;

Retourne en cour,
Laisse là Philippsbourg;

Il est plus doux
De courir à la chasse
Que d’aller aux coups;
Crains les jaloux.
On ne prend pas les places
Comme on prend les loups.

 

Philipsbourg fut pourtant une victoire faisant ainsi taire les plus critiques et espérer un destin couronné de lauriers.

 

Le dauphin n’a pas démenti
Le bon sang dont il est sorti;
Il est digne fils de son père,

Phippsbourg ouvre le chemin
A son héroïque dessein ;
Son exercice le plus doux
Sembloit n’être que pour les loups,
Noble essai de ce qu’il sait faire.

Cologne crie qu’elle espère,
César n’auroit su mieux faire.

 

Cet éclat fut donc le thème de l’arrière plan du tableau de Rigaud qui fut confié au peintre de bataille Joseph Parrocel (1646-1704). Officiant brièvement dans l’atelier du Catalan, Parrocel y fut le spécialiste des chocs de guerre et fut payé 140 livres pour celui-ci[3]. Selon Christophe Marcheteau de Quincay qui a fait un point sur les postures de militaires chez Rigaud, l’artiste a représenté la forteresse, « vue de l’ouest, des hauteurs de Rheinheim, avec au premier plan, à côté de la main tenant le bâton de commandement, la Tuilerie, et à gauche le fort pour couvrir la tête et le pont »[4]. Il précise même d’après les plans militaires de Philipsbourg « que Parrocel a représenté le côté nord-est de la forteresse avec le Fürstlich Schloss, vus des hauteurs de Mittelhof, de l’autre côté du Rhin [sic] »[5].

 

Le portrait du Grand Dauphin constitue, pour de nombreux historiens, le terminus ante quem de ce type de posture, c’est-à-dire qu’il semble que Rigaud inventa la composition en 1697 et que toutes les autres furent copiées d’après elle (ce que confirme d’ailleurs un croisement entre les portraits connus d’autres modèles de ce type et les mentions correspondantes des livres de comptes). Il aurait d'ailleurs été difficile d’imaginer le fils du roi régnant se contentant d’une répétition d’un modèle antérieur… Dominique Brême, dans son exposition pionnière sur les dessins de Rigaud[6], avait montré une feuille désormais célèbre, reprenant l’attitude et, par certains éléments plus simples (casque à l’antique, drapés moins développés), datée des années 1690-1695.

 

1690 (v) - Homme ave bâton de commandement

Hyacinthe Rigaud et atelier : portrait d'homme en armure tenant un bâton de commandement. v. 1697

collection particulière © d.r.


Cependant, on sait désormais que Rigaud s'inspira probablement d’un portrait d’Henri de Lorraine, gravé par Antoine Masson d’après Nicolas Mignard, frère de Pierre que le Catalan admirait et à qui il rendit plusieurs fois hommage.


Masson d'après Mignard (Henri de Lorraine)

Antoine Masson d’après Nicolas Mignard : portrait d'Henri de Lorraine.

Collection privée © Stéphan Perreau

La posture du dessin de Rigaud perdura telle quelle, parallèlement à celle utilisée pour le Grand Dauphin, où l’on voit un armet à visière en lieu et place du casque antique (présent sur le dessin[7]). Le portrait de l’amiral du Casse et celui d’Henri Bentinck renverront ainsi quelques années plus tard au dessin, mais avec quelques variantes. Ceux du maréchal de Villeroy, du comte d’Harcourt, de François de Reynold-Freiburg, du duc de Berwick ou du portrait du musée de Caen quant à eux, à la posture du Grand Dauphin[8]. Celui du comte de Châteaurenault, enfin, peint en 1705 et récemment documenté[9], reprend semblable attitude, mais oublie le plumet de l’armet. Il fait remplacer le fond de bataille par une marine, comme Antoine 1er avait exigé une vue du rocher de Monaco à la place de Philipsbourg.

 

Le succès de cette posture fut tel que nombreux furent les artistes qui singèrent Rigaud. C'est notamment le cas du génois Giovanni Maria delle Piane (1660-1745), dit il Mulinaretto, qui n'eut aucun scrupule (tout comme Vaymer) à copier le peintre catalan lorsqu'il s'est agit de peindre il magnifico Giorgio Doria (1663-1746).

 

Mulinaretto. Clemente Doria ()

Giovanni Maria delle Piane - portrait de Giorgio Doria (v. 1713) - coll. part. © porroart

 

Si le tableau avait été un peu rapidement attribué à Rigaud par certains spécialistes français en 2003, il ne berna pas les historiens italiens de l'art, et notamment Daniele Sanguineti qui donna dès 2001 l'oeuvre au Mulinaretto en y reconnaissant sa touche huileuse et glacée. Le peintre inversa ici tout bonnement la composition d'après celle du prince de Monaco par Rigaud, et dont des copies circulaient encore récemment en Italie.


Pourtant, à y bien regarder, on peut trouver chez Rigaud, des portraits de militaires antérieurs et déjà annonciateurs de celui du Grand Dauphin. C’est notamment le cas pour Louis-François Henri Colbert, chevalier de Croissy, peint en 1693 contre 367 livres et 10 sols[10], et qui pose déjà les accroches de la future composition à succès de 1697.

 

1693 - Louis-Francois Henri Corlbert de Croissy

Hyacinthe Rigaud : Louis-François Henri Colbert, chevalier de Croissy (1693).

Chateau des Essarts & Musée du Louvre © d.r.


On notera d’ailleurs l’agencement similaire de l’écharpe blanche du commandement militaire (nœud, envol des pans), tout autant que la semblable position des bras et du corps tourné vers la droite, ou la présence  récurrente du casque sur lequel le modèle pose une main (ou deux). Même réflexion avec le portrait de Jean-Louis François, duc de Boufflers, maréchal de France, peint en 1694 contre 500 livres[11], qui introduit le bâton (absent chez Croissy), propose déjà un casque antique et fera des émules en la personne de François-Agésilas de Grossoles, marquis de Flamarens, peint quant à lui en 1695[12]

 

1694 - Jean-Louis Francois de Boufflers (coll. priv.)

Atelier d'Hyacinthe Rigaud : portrait de Jean-Louis François, duc de Boufflers (1694).

France, collection particulière © Stéphan Perreau


Il est d'ailleurs intéressant de noter que le jeune chevalier de Croissy, sollicitera à nouveau Hyacinthe Rigaud en 1697 pour un second portrait, calqué sur celui du grand Dauphin...

 

Dans l’« Abrégé de la Vie de Hyacinthe Rigaud, écuyer, citoyen noble de la ville de Perpignan, peintre du roi, professeur de son Académie de peinture et de sculpture à Paris »[13], sorte d’autobiographie commandée en 1716 à Rigaud par Comes III de Médicis, et dictée par l’artiste à son ami Hendrick van Hulst, le peintre explique clairement l’importance de l’effigie du Grand Dauphin. Selon lui, elle le fit connaître de Louis XIV et lui attira gloire, clientèle et fortune : « Sa réputation étant venue jusqu’au roi, par le portrait qu’il avoit fait de Monseigneur, commandant devant le siège de Philisbourg, il eut l’honneur en 1700, d’être nommé par Sa Majesté, pour peindre Philippe V, roi d’Espagne, son petit-fils, quelques jours avant son dé­part pour aller prendre possession de ses royaumes ».

 

Les livres de comptes sont les témoins des nombreuses commandes qui affluèrent de la part de hauts personnages de la Cour comme de membres éminents de la Ville (la plupart, modèles de Rigaud d'ailleurs). En 1699, se presse Marie-Elisabeth Langlois, épouse du conseiller à la cour des Aydes, Nicolas V Le Camus, mais aussi Antoine 1er de Monaco, le prince de Conty, le duc de la Feuillade, Edward Villiers, 1rst lord of Jersey, le comte Ferdinand Ernst von Mollard, envoyé de l’Empereur…L’année suivante, l’évêque de Montpellier, Charles-Joachim Colbert de Croissy ; en 1701, le fils aîné du modèle, le duc de Bourgogne, puis le duc de Vendôme (Philippe de Bourbon, dit « le Grand Prieur »). Durant cette période, les travaux ne manquent pas et les aides d’atelier s'affairent. Jean Legros est ainsi sollicité, à l'instar de Jean Ranc, François de Bailleuil, Louis-Jacques de Launay, Sébastien Le Clerc, Ménard ou Eloi Fontaine... Mais c'est Adrien Leprieur qui remporte la palme de la régularité en retouchant des têtes, des bottines, l’écharpe et le casque et réduisant « en petits careaux le houzard qui est dans le [grand] tableau [en pied] »[14].

 

En effet, très vite, on souhaita extrapoler la composition en pied[15], sorte de compromis entre la posture originelle et celles inventées par Rigaud pour le prince de Conty (avec son jeune serviteur)[16], celle de Louis XIV en armure (Madrid, musée du Prado) et celle plus antérieure (1692) de Gaston-Jean-Baptiste de Choiseul, marquis de Praslin (gravure de Sarrabat sur certains tirages de laquelle, le visage du Grand Dauphin remplace celle de Choiseul).

 

Le grand Dauphin est ainsi représenté debout, accompagné d’un jeune hussart qui lui prépare un cheval. En 1701, Parrocel recevra 28 livres « pour avoir fait un fonds et peint une bataille sur une copie de Monseigneur en pied »[17] ; paiement témoignant de la légitimité de cette pose.

 

Louis de France, le Grand Dauphin en pied

Atelier d'Hyacinthe Rigaud : portrait de Louis de Bourbon, « Grand Dauphin de France » en pied.

collection particulière © Stéphan Perreau

 

Leprieur sera d'ailleurs chargé, la même année, d’une « grande copie de Monseigneur en pied » payée 160 livres[18].

 

Il existe de nombreuses versions du portrait à mi-corps (réduit le plus souvent en buste) circulant aujourd’hui sur le marché ou conservées dans des musées nationaux. On mentionne souvent, à cet effet, l’exemplaire de l’Alte Pinakothek de Münich (Inv. 3230), du Schloss Charlottenburg de Berlin (Inv. N° GK I 1636) ou ceux de Versailles, dont l'un est exposée dans le salon de l’Abondance et l’autre est en dépôt au musée Bossuet de Meaux. L'ovale proposé en septembre à Marseille rejoint, pour sa part, un petit buste de meilleure qualité, conservé également à Versailles, et qui atteste des adaptations que l’on pratiquait à l’envie, au gré des besoins[19].

 

MV4297

Atelier d'Hyacinthe Rigaud : portrait de Louis de Bourbon, « Grand Dauphin de France ».

Versailles, musée national du château (MV4297) © d.r.


Les deux furent probablement réalisés d’après la gravure faite par Pierre Drevet vers 1701 (selon Hulst,) « buste sans mains [à gauche] tiré d’un portrait, figure jusqu’aux genoux, l’estampe ornée d’un accompagnement d’architecture de la composition de M. Rigaud ». Le grand Dauphin y est figuré dans un ovale de pierre orné d’un drapé et surmontant un cartouche aux armes royales (couronne fermée et entourée des colliers de l’ordre de Saint-Michel et du Saint-Esprit : de France écartelé du Viennois)[20]. Plus tard, Drevet sera lui-même copié par Gaillard…

 

1697 - Louis de France, le Grand Dauphin (gr. Drevet)

Pierre Drevet d'après Hyacinthe Rigaud : portrait de Louis de Bourbon, « Grand Dauphin de France ».

collection particulière ©  Stéphan Perreau


Pour achever ce tour d'horizon, nous mentionnerons un autre portrait de miliaire, jusqu’aux genoux, spécimen fort intéressant de la série des militaires « avec bâton de commandement ». Si sa facture n'est pas digne de Rigaud, ni de l’atelier direct, et ne représente pas le Grand Dauphin (les traits sont différents, le bâton n'est pas fleurdelysé...),  son auteur s’est fortement inspiré du Catalan dans sa mise en scène, allant jusqu’à singer l’attitude mais à déplacer la bataille sur la droite, selon un cadrage plus serré. A moins qu'il s'agisse  d'une attitude originale de Rigaud, tout simplement copiée ?

 

Militaire (Larivière Rigaud) recto

Anonyme d'après Hyacinthe Rigaud : portrait d'un militaire portant le cordon du Saint Esprit.

Rome, commerce d'art ©  d.r. 

 

On notera que le casque représenté ici est identique à celui, « à l'antique », du dessin « inventé » par Brême (voir plus haut).  Trentroisième numéro de l’ancienne collection du comte de La Rivière de Pé d’Auge[21], le tableau témoigne de la célébrité du vocabulaire rigaudien et ce, jusque dans les pays reculés de Basse Normandie...

 

Si le portrait original du Grand Dauphin peint par Rigaud en 1697 semble finalement avoir disparu, la version conservée au musée du Prado à Madrid pourrait néanmoins constituer l'original[22]. Il n’est pas étonnant de retrouver une telle pièce dans les collections royales madrilènes puisque Philippe V (1683-1743) était l’un des fils du Grand Dauphin. Dans la « testamentarîa » du monarque espagnol, ou Inventaire des collections de Philippe V qui avaient été sauvées de l’incendie de l’Alcazar (décembre 1734), le tableau est déjà présent sous le numéro 140 (« Rto de un Rey de francia con/armadura y cetro »). La délicatesse, la précision et la complexité des éléments de décor, jusqu’au nœud bleu au froissement naturel (absent de tous les autres exemplaires), peuvent faire penser qu’il s’agit du tableau faisant souche, et dont aurait hérité Philippe V à la mort prématurée de son père.

 

Rigaud Grand Dauphin Gaillard

Robert Gaillard d'après Pierre Drevet. Portrait de Louis de Bourbon, « Grand Dauphin de France ».

 Collection particulière ©  Stéphan Perreau

Le Grand Dauphin disparait le 14 avril 1711, des suites de la petite vérole. Louis-François de Bellanger de Thourotte, seigneur de Blacy, colonel, maître de camp de cavalerie, brigadier des armées du roi[23] commande alors l’une des dernières copies à Rigaud, probablement un buste que réalise Leprieur. Dix ans plus tard, les livres de comptes témoignent d’une ultime réplique, valant 1000 livres.

 

Hyacinthe Rigaud considérait son modèle. Très tôt, il avait ainsi prévu de lui léguer par  son premier testament du 30 mai 1707, le buste en marbre de sa mère, Maria Serra, sculpté par Coysevox[24] : « Ledit sieur testateur suplie supplie Monseigneur le Dauphin de trouver bon qu’il luy présente le buste de marbre blanc de damoiselle Marie Serre, sa mère, fait par mr. Coisvox avec la guaisne ou le scabellon sur lequel il sera trouvé au jour du décès dudit sieur testateur qui espère de la bonté de Monseigneur qu’il accordera à ce buste une place dans la galerie de son château de Meudon, ou dans celle de Versailles. » Rigaud retourna donc chez son notaire, le 18 février 1711, sur les 10 heures du matin, afin de léguer à l’Académie Royale le buste de marbre bientôt orphelin, ainsi que le double portrait peint de sa mère[25], « à condition que le tout restera dans la salle ordinaire de l’Académie, sans en pouvoir à l’avenir être déplacé, vendu ni transporté ailleurs ».


Stéphan Perreau



[1] J. Roman, 1919, p. 59. Rigaud en possédait une version qu’il estimait à 500 livres, décrite dans l’ « Etats de mes tableaux sur le pied du prix ordinaire » joint à son premier contrat de mariage de 1703 (Archives nationales, étude XCV, liasse 31). 

[2] Cité par Jean-Baptiste Honoré Raymond Capefigue, Louis XIV, son gouvernement et ses relations diplomatiques avec l’Europe, Bruxelles, 1842, t. I, p. 137.

[3] J. Roman, 1919, p. 61.

[4] Christophe Marcheteau de Quincay, Portrait dit du comte de Gacé de Hyacinthe Rigaud, Musée des Beaux-arts de Caen, 2006, note 55, p. 27.

[5] Ibid., note 59, p. 27.

[6] « Hyacinthe Rigaud dessinateur », Dossier de l’art, 2000, n°31, p. 64-65. (Vente Monaco, Christie’s, 20 juin 1994, lot 83, p. 148, repr. p. 149 du catalogue).

[7] Marcheteau de Quincay, op. cit., p. 12-13.

[8] Celle dite figurant Giovanni Battista Spinola et à tort attribuée à Rigaud dans « Genova e la Francia, Opere, artisti, committenti, collezionisti », Balsamo, 2003, p. 211, fig. 8, est en réalité une adaptation en sens inverse de l'attitude de Rigaud, faite par le peintre italien Giovanni Maria delle Piane pour figurer les traits de Clemente Doria (Gênes, commerce d'art), ainsi que le démontre Daniele Sanguinetti (« Il ritratto di Suzanne Henriette d’Elbeuf a Genova », dans Amici di Palazzo Te, 2001, p.54, fig. 63).

[9] Stéphan Perreau, « Rigaud particulier », L’Estampille-L’objet d’art, n°451, novembre 2009, p. 63, ill.

[10] Roman, 1919, p. 33. Le dessin correspondant est au Louvre (Inv. 32725) ; le tableau dans la collection du vicomte de Rougé au château des Essarts.

[11] Roman, 1919, p. 39. Gravé en partie, notamment par Claude Duflos et Simon Thomassin

[12] Roman, 1919, p. 46. Le paiement de 140 livres ne lasse pas d’étonner pour une telle composition. La mention du portrait étant un rajout de Hulst au manuscrit original des livres de comptes, on peut penser qu’il s’agit d’une erreur.

[13] A. de Montaiglon, Mémoires inédits des membres de l’Académie, Paris, 1854, II, p. 118.

[14] J. Roman, 1919, p. 134.

[15] Huile sur toile. H. 108 ; L. 89 cm. Versailles, musée national du château. Inv. 9351, MV3597, B 2164. Entré à Versailles sous Louis-Philippe. Voir Constans, 1995, II, p. 759, n°4279 et Marcheteau de Quincay, op. cit., p. 27-28, note 61.

[16] Perreau, 2004, p. 89-90, repr. p. 89, fig. 63 (pour la gravure de Drevet).

[17] J. Roman, 1919, p. 91.

[18] Ibid., p. 81.

[19] Huile sur toile en buste d’après Rigaud. H. 77 ; L. 63. Versailles, musée national du château. MV4297, entré à Versailles sous Louis-Philippe. Voir Constans, 1995, II, p. 762, n°4296.

[20] Hulst/2, p. 165 ; Hulst/3, p. 178 ; Lelong, 1775, p. 197, n°28 ; Huber & Rost 1797, VIII p. 4 ; Paignon-Dijonval, 1810, 7458 ; Nagler, 1836, III, p. 479 ; Le Blanc, 1856, II, P. Dr., n°62 ; Firmin-Didot 1876, P. Dr.,n°56 ; Firmin-Didot, 1875-1877, P. Dr., n°435 ; Portalis & Béraldi, 1880-1882, II, p. 19 n°33 ; Bellier & Auvray 1882, I, p. 446 ; Potier de Courcy 1884-90, repr.; Bryan, 1893, I, p. 425 ; Thieme & Becker, 1913, IX, p. 559 ; Soulange-Bodin, 1914, p. 6-49.

[21] Dont il porte l’ex-libris et la devise « Fons Ignotus Virtus Cognita ». On y trouve également un beau pastel de Charles Antoine Coypel, « le Printemps », issu de la série des Quatre Saisons (France, collection particulière).

[22] Huile sur toile. H. 144 ; L. 112 cm. Madrid, Palais Royal, Patrimonio Nacional. Inv. 10006875. Perreau, 2004, p. 201, repr. fig. 176.

[23] Autre modèle de Rigaud en 1708 (Roman, 1919, p. 138).

[24] Paris, musée du Louvre. Inv. L. P. 502.

[25] Ce tableau (Paris, musée du Louvre. Inv. 7522) comporte « deux portraits en profil de la feüe Dame mère dud sieur Rigaud l’un à droite l’autre à gauche peints dans le même tableau ». Il était initialement destiné au neveu du peintre et homonyme, Hyacinthe Rigaud (1693-1724), fils aîné de Gaspard Rigaud.

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