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01 Aug

François Asselin, chevalier de Frenelles, peint par Hyacinthe Rigaud en 1715

Publié par Stéphan Perreau

Hyacinthe Rigaud, portrait du chevalier de Frenelle, 1715, coll. part. © cabinet Turquin

Hyacinthe Rigaud, portrait du chevalier de Frenelle, 1715, coll. part. © cabinet Turquin

 

« En buste, tête nue, à perruque, regard tourné vers l’épaule gauche ; cuirasse sur laquelle passe une draperie violette. Fig[ure] grand[eur] nat[urelle]. » C’est ainsi qu’était décrit le portrait peint par Hyacinthe Rigaud en 1715 de François Asselin (1673-1751), seigneur de Frenelles, accroché parmi de nombreuses autres œuvres du maître sur les cimaises de l’Exposition universelle de 1878[1].

 

Inscrit dans les livres de comptes de l’artiste pour un montant de 250 livres, soit un buste, le portrait avait été accompagné l’année de sa création par deux copies réalisées par Adrien Leprieur et vendues 150 livres. Si l’image d’Asselin resta longtemps inconnue des historiens, elle nous apparaît aujourd’hui d’un format classique et rectangulaire[2], bien que le catalogue de l’exposition de 1878 ait pris la peine de préciser que l’œuvre exposée alors, issue à la collection Pouyer-Quertier, était un ovale[3].

 

Extrait du catalogue de l'exposition universelle de 1878, p. 154 © d.r.

Extrait du catalogue de l'exposition universelle de 1878, p. 154 © d.r.

 

L’attitude consistant à ne montrer le modèle qu’en buste sans les mains, tourné de côté et vêtu d’une rutilante armure simplement agrémentée d’un drapé n’était pas véritablement nouvelle. Les éléments de cuirasse se retrouvent en effet de manière récurrente dans d’autres portraits de militaires, peints quelques années plus tôt, à l’instar du spirituel chevalier de Labbadie d’Aumay (1706) que nous avions redécouvert.

Hyacinthe Rigaud, portrait de Monsieur de Labbadie d'Aumay, 1706. coll. part. © Stéphan Perreau

Hyacinthe Rigaud, portrait de Monsieur de Labbadie d'Aumay, 1706. coll. part. © Stéphan Perreau

 

Le maintien, par contre, est, dans le cas d’Asselin, relativement inédit par les variantes qu’il propose. Rigaud ne semble pas en effet avoir littéralement copié sa composition d’après une autre plus ancienne même s’il reste néanmoins constant dans sa façon de rendre la dynamique par le positionnement légèrement incliné en arrière de son modèle.

Hyacinthe Rigaud, portrait du chevalier de Frenelle, 1715 (détail), coll. part. © cabinet Turquin

Hyacinthe Rigaud, portrait du chevalier de Frenelle, 1715 (détail), coll. part. © cabinet Turquin

 

La perruque évanescente procède également du mouvement général, comme animée par un vent qui ferait également vibrer le nœud de soie noué à l’arrière de la tête. On retrouve semblable élégance dans l’effigie de Charles Louis de Biaudos de Casteja, peint dès 1712.

 

Hyacinthe Rigaud, portrait du baron de Casteja, 1712. Coll. priv. © Stéphan Perreau

Hyacinthe Rigaud, portrait du baron de Casteja, 1712. Coll. priv. © Stéphan Perreau

 

Le regard pétillant du chevalier de Frenelle, animé d’une humeur blanche au coin de ses iris bleutés, plonge dans celui du spectateur, l’invitant à une conversation silencieuse, celle là même que Rigaud avait insufflée à l’abbé Anselme, peint deux ans plus tôt. Rigaud y architecturait de la même façon des yeux en traitant de manière similaire les ombres du nez.

Hyacinthe Rigaud : en haut, portrait de l'abbé Anselme, 1713 (détail) © Stéphan Perreau ; en bas, portrait du chevalier de Frenelle, 1715, détail © cabinet Turquin

Hyacinthe Rigaud : en haut, portrait de l'abbé Anselme, 1713 (détail) © Stéphan Perreau ; en bas, portrait du chevalier de Frenelle, 1715, détail © cabinet Turquin


 

François Asselin, chevalier de Sainte-Claire était issu d'une ancienne famille de parlementaires normands dont la plupart des membres eurent leur sépulture dans l’église rouennaise Saint-Pierre du Châtel, édifice aujourd’hui en ruine sur l’actuelle rue Camille Saint Saëns. Son père, Nicolas Asselin, né en 1622, écuyer seigneur de Frénelle, Bailleul-la-Vallée et autres lieux, fut conseiller du roy en son parlement de Normandie dès 1652, et mourut le 29 janvier 1676 sur la paroisse Saint Laurent. Il fut enterré dans l’église Saint Pierre du Châtel, au côté gauche du chœur, en présence de deux de ses fils qu'il avait eus avec Marie Eustache (1634-1716), fille d'un receveur des tailles : Nicolas Asselin, écuyer, seigneur de Claire et Louis Asselin (1653-1736), écuyer, seigneur de Bailleul, à son tour conseiller au parlement de Normandie.

Rouen, vue de côté de l'église Saint Laurent par Polyclès Langlois. XIXe s. coll. priv. © Stéphan Perreau

Rouen, vue de côté de l'église Saint Laurent par Polyclès Langlois. XIXe s. coll. priv. © Stéphan Perreau

 

Louis Asselin de Bailleul, également frère de notre chevalier, épousa le 19 avril 1693 sur la paroisse Saint Laurent de Rouen, Marie Charlotte Hébert (1675-1747), fille d’un maitre ordinaire de la chambre des comptes avec qui il aura Françoise Aimable Charlotte Asselin de Fresnelle, dame de Bailleul (Rouen, église Saint Laurent, 12 juin 1696 - château de Manneville, 1er novembre 1762). Cette dernière héritera du portrait de son oncle et l’emportera avec elle au château de Thil-Manneville à quelques encablures de Dieppe, dans l’arrière pays cauchois. Elle s'était en effet unie, le 24 octobre 1724 en l’église Saint Laurent de Rouen, avec Henri-Joseph (1694 - 30 octobre 1750), marquis de Manneville, baron de Manéouville, chevalier de l'Ordre militaire de Saint Louis, gouverneur des ville et châteaux de Dieppe et d’Arques depuis 1719 en survivance de son père.

 

 

François Asselin, qui ne semble pas s’être marié, était assez lié avec sa nièce pour avoir figuré comme témoin majeur à son baptême, aux côtés de la grand-mère maternelle de l’enfant, Marie de Planterose[4].

 

Signature du chevalier de Frenelle sur l'acte de baptême de Françoise Aimable Charlotte Asselin, 12 juin 1698. Rouen, archives départementales. Saint-Laurent © Stéphan Perreau

Signature du chevalier de Frenelle sur l'acte de baptême de Françoise Aimable Charlotte Asselin, 12 juin 1698. Rouen, archives départementales. Saint-Laurent © Stéphan Perreau

 

On le retrouvait une nouvelle fois à Saint Laurent lors de son mariage de la nouvelle marquise de Manneville. Le chevalier décèdera à Rouen, le 16 janvier 1751, dans sa maison du jardin du Luxembourg, sur la paroisse Sainte-Croix-Saint-Ouen, « âgé de soixante-dix huit ans ou environ » ce qui cadre avec une partie de l’indication de l’abbé Cochet lorsqu’il signalait le tableau en octobre 1846 au château de Thil-Manneville quelques années avant la vente et la destruction de l’édifice : « François Asselin, chevalier de Fresnelle, mort en janvier 1751, âgé de 73 ans [sic]. Peint à 42 ans [sic] par Hyacinthe Rigaud, 1715 ». L’historien n’avait sans doute pas eu connaissance de l’acte d’inhumation, le lendemain de la mort du chevalier, dans le chœur de l'église Saint-Pierre-du Châtel où ses aïeux étaient enterrés[5].

 

Rouen, église Saint-Pierre du Châtel. Dessinné et gravé par Dosso d'après croquis de A. Marguery. Coll. priv. © Stéphan Perreau

Rouen, église Saint-Pierre du Châtel. Dessinné et gravé par Dosso d'après croquis de A. Marguery. Coll. priv. © Stéphan Perreau

 

Le rédacteur du Bulletin de la Commission des antiquités précisa que « plusieurs années après la vente du château, il [l’abbé Cochet] a retrouvé quelques-uns de ces portraits [ndr : différentes effigies de la famille de Manneville] à Dieppe ou dans des collections particulières, et c’est parce qu’il a pu lui-même constater cette dispersion regrettable d’une précieuse collection qu’il a cru devoir s’en plaindre, ne serait-ce que pour empêcher à l’avenir le retour d’une semblable négligence[6]. »

Hyacinthe Rigaud, portrait du chevalier de Frenelle, 1715 (détails), coll. part. © cabinet Turquin

Hyacinthe Rigaud, portrait du chevalier de Frenelle, 1715 (détails), coll. part. © cabinet Turquin

 

Le tableau réapparut en 1884, lors d'une exposition rétrospective tenue à Rouen où il fut succinctement signalé : « Avec le XVIIIe siècle, qui paraît fort goûté à Rouen, les angoissent de l'ignorance s'amoindrissent Rigaud est clair, Largillière est limpide. Les deux maîtres sont ici fort bien représentés, le premier par un portrait du chevalier de Fresnel (à M. Pouyer-Quertier), le second par une gracieuse image de Mme Langlois de Motteville qui appartient au même amateur[7]. »

Vue du château de Thill-Manneville avant sa destruction. © d.r.

Vue du château de Thill-Manneville avant sa destruction. © d.r.

 


[1] Henry Jouin, Notice historique et analytique des peintures, sculptures, tapisseries, miniatures, émaux, dessins, etc. exposés dans les galeries des portraits nationaux au Palais du Trocadéro, exposition universelle de 1878, Paris, 1879, p. 154, n°726.

[2] Nous remercions le cabinet Turquin de nous avoir signalé l’œuvre et fourni quelques photographies.

[3] Pour l’historien, cette description pourrait laisser penser qu’il s’agissait d’une autre version, peut-être l’une des copies de Leprieur. à moins que le tableau ait alors été exposé avec un cadre à ouverture ovale.

[4] Un acte daté du 22 novembre 1724, rectificatif du prénom Françoise Marie Charlotte en Françoise Aimable Charlotte et annexé aux registres originaux précise que l’enfant « fut nommée Françoise Aimable Charlotte par monsieur le chevalier de frenelles son oncle et par madame Hébert sa grande mère » mais que « cependant celuy qui a rédigé l’acte de son bapteme sur le registre de la dite paroisse a mis par mégarde le nom de marie au lieu de celuy daimable ce qui dans la suitte pouvoir exposer quelque préjudice à l’exposante ».

[5] Rouen, archives départementales de Seine-Maritime, Etat civil, série 3E00999.

[6] Bulletin de la Commission des antiquités de la Seine-Inférieure, Tome I, Rouen, 1868, p. 196.

[7] Gazette des Beaux-arts, 1884, 2e période, t. 30, p. 203. L’auteur fait remarquer sans barguigner à propos du modèle de Largillierre que « cette dame, qu’il n’eût pas été désagréable de rencontrer au coin d’un bois, était, dit-on, la fille du président Lambert de Thorigny ».

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