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02 Jul

Martin Desjardins d'après Rigaud : une nouvelle évocation dessinée

Publié par Stéphan Perreau

Anonyme d'après Hyacinthe Rigaud et Gérard Édelinck, portrait du sculpteur Martin Desjardins © Carjaval svv, Antibes

Anonyme d'après Hyacinthe Rigaud et Gérard Édelinck, portrait du sculpteur Martin Desjardins © Carjaval svv, Antibes

 

Le 8 juillet prochain sera proposé à la vente à Antibes, par la maison Carvajal enchères, un intéressant dessin à la pointe noire sur papier bistre représentant le sculpteur Martin van den Bogaert, dit Desjardins (1637-1694)1. Le modèle, tourné vers la droite de la composition, fut probablement exécuté d'après l'estampe réalisée en 1698 par Gérard Édelinck d'après le second portrait du sculpteur, peint par Rigaud en 1692. L'original, anciennement au château de Charlottenburg après avoir probablement été possédé par le peintre-marchand Pierre Villebois, est aujourd'hui conservé à la Gemälde Galerie de Berlin2.

Hyacinthe Rigaud, portrait du sculpteur Martin Desjardins, 1692. Berlin, Gemäldegalerie © d.r. / documentation des peintures du Louvre

Hyacinthe Rigaud, portrait du sculpteur Martin Desjardins, 1692. Berlin, Gemäldegalerie © d.r. / documentation des peintures du Louvre

 

Natif de Breda en Hollande, fils de Jeanne des Cours, le sculpteur français Martin van den Bogaert, dit Desjardins (1637-1694) fut un client privilégié de Rigaud mais surtout l’un de ses proches amis. Formé à Anvers dans l’atelier du sculpteur Peeter Verbrugghen (1615-1686) il arrive à Paris dans les années 1650. Là, il se perfectionne auprès des sculpteurs Gérard van Opstal (1605-1668) et des frères Gaspard (1624-1681) et Balthazar Marsy (1628-1674), qui s’étaient également exercés en Hollande. Desjardins fera ses premières armes dans la décoration d’hôtels parisiens et, en 1661, devient membre de l’Académie de Saint-Luc sous son nom francisé de Desjardins. Il est ensuite admis à l’Académie Royale (1671) avec un bas-relief figurant Hercule couronnée par la Victoire (Paris, musée du Louvre), accède au poste d’adjoint à professeur (1672), puis ceux de professeur (1675), d’adjoint à recteur (1681) et enfin de recteur (1686). Les commandes officielles affluent alors : Dôme Invalides (1676/79), église de l’hôtel de Saint-Louis, château de Clagny (1675/82).

 

Desjardins fut peint à trois reprises par Rigaud : en 1683, en 1692 donc puis en 1700. Par tradition relativement justifiée, et compte tenu de la physionomie la plus jeune du modèle, c’est la version de Versailles qui passe pour être celle peinte en 1683. Encore assez intimiste, privilégiant les tons sombres et un éclairage diffus hérité des peintres nordiques que Rigaud admirait tant, la composition présente le modèle devant le monument commémorant la paix de Nimègue et qui fut érigé place des Victoires à Paris. Desjardins y pose déjà la main sur la tête d’un des captifs de bronze qui ornaient le piédestal du monument et qui sont aujourd'hui conservés au musée du Louvre. Ici, Rigaud donne plus de dimension à la tête de celui figurant l'’Empire germanique, représenté par « la figure d’un homme d’âge mûr, barbu, las et courbé sur lui-même, incarnant ainsi l’abattement et la résignation dus à la captivité »

 

Gérard Édelinck d'après Hyacinthe Rigaud, portrait du sculpteur Martin Desjardins, 1698. Coll. priv. © d.r.

Gérard Édelinck d'après Hyacinthe Rigaud, portrait du sculpteur Martin Desjardins, 1698. Coll. priv. © d.r.

 

L'absence de tout décor de fond dans le dessin de la vente Carjaval, omettant ainsi la colonne et le grand drapé, prouve sans doute que cette feuille ne fut pas préparatoire à l'estampe. Il existe en effet de trop nombreuses différences entre la planche et cette mine de plomb, à commencer par le rendu que l'on pourra trouver un peu gauche de la bouche de la tête du captif de bronze sur laquelle Desjardins pose le bras. Les drapés des dentelles du sculpteur parfois simplifiées, les ombres modifiées, plaident pour l'exercice d'étude par un artiste dont il n'est cependant pas aisé de déterminer l'ancienneté.

 

L'œuvre témoigne cependant, et à n'en pas douter, de la popularité des productions d'Hyacinthe Rigaud, propres à proposer à certains dessinateurs, matière à exercer leur talents à rendre la profusion et la luxuriance des drapés du maître.

 

Martin Desjardins d'après Rigaud : une nouvelle évocation dessinée

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1. École française du XVIIIe s (?) d'après Hyacinthe Rigaud et Gérard Édelinck. Mine plomb sur papier bistre. H. 42 ; L. 32,5 cm (à vue). Vente Carvajal svv, Antibes, 8 juillet 2017, lot. 134 (« Ecole du XVIIIe siècle Portrait d’un sculpteur »).

2. Mentionné en 1692 sans prix (ms. 624, f° 8, rajout de Hulst : « M. Desjardins ». Huile sur toile. H. 136 ; L. 106 cm. Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Gemäldegalerie. Inv. N° 460. Voir Perreau, 2013, cat. P.306, p. 100 ; Perreau, Hyacinthe Rigaud online, http://www.hyacinthe-rigaud.com/catalogue-raisonne-hyacinthe-rigaud/portraits/383-desjardins-martin-van-den-bogaert-dit ; James-Sarazin, II, 2016, cat. P.339, p. 116.

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