Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 13:24

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Hyacinthe Rigaud et atelier : portrait de gentilhomme, v. 1710. Coll. part. (détail). © étude Turquin

 

Quand on évoque le nom de Hyacinthe Rigaud, on pense immédiatement au portrait de Louis XIV en grand costume royal peint en 1701. Cet automatisme est bien légitime. Le peintre lui-même, dans une autobiographie qu’il fit rédiger en 1716 pour le grand duc florentin, Cosme III de Médicis (1642-1723), n’avait pas hésité à faire valoir son « œuvre » en ne citant que les plus vastes compositions et les plus prestigieux modèles. Pourtant, parmi les 1440 tableaux que nous avons pu recenser, ces « grands portraits » ne constituent qu’un faible pourcentage au regard de la masse des bustes de gentilshommes et autres élégants. Ainsi, tout comme Nicolas de Largillière, Rigaud fit du portrait domestique l’un de ses fonds de commerce. Il y a peu, on voyait d’ailleurs combien un personnage comme le cardinal de Fleury, suivi par ses admirateurs, limita les répliques de son portrait officiel pour ne diffuser que son buste, « adapté » à la simplicité et à l’étroitesse d’officines de province (ces formats réduits étant également plus facile à expédier…)

 

Au cours de ces trois dernières années, nous avons ainsi pu découvrir quelques beaux spécimens des postures proposées par Hyacinthe Rigaud à une clientèle toujours friande de son pinceau et, bien souvent, séduite par des prototypes qui avaient fait leurs preuves. Revenons sur les plus spectaculaires.

 

En 2008, on nous avait signalé dans une collection particulière bordelaise[1], un très élégant portrait d’homme dont, jusqu’ici, seule une copie un peu sèche était connue au musée des Beaux-arts d’Orléans[2]. Selon une ancienne tradition, l’effigie était alors sensée représenter Monsieur Dupuy, gentilhomme du Régent, sans qu’il soit possible de la mettre en relation avec les livres de comptes de Rigaud.

 

1710 (v.) - Homme (Bdx)

Hyacinthe Rigaud et atelier : portrait de gentilhomme, v. 1710. Coll. part. © étude Turquin

 

Le tableau bordelais, que nous avons pu voir à l’été 2010 chez le collectionneur et que nous dations des années 1710, montre clairement l’aspect totalement autographe du visage et de la perruque. D’autres œuvres contemporaines du tableau, mais entièrement de la main du maître[3], appellent ici, et par comparaison, à une participation de l’atelier pour le brocard un peu rapide, la dentelle légèrement « piquée » et le manteau brossé à large traits. Cette collaboration, selon nous, est loin d’enlever de la qualité à l’œuvre et illustre à merveille l’efficacité de ces « habillements répétés » dont Rigaud s’était fait le champion. L’artiste, à cette époque, déléguait en effet beaucoup comme le montre le portrait de François-René de Vergnette (1684-1756), seigneur d’Hardencourt [4], peint sur le même modèle.

 

1710 (v.) - marquis de Vergnette

Hyacinthe Rigaud et atelier : portrait du marquis de Vergnette, v. 1710. Coll. part. © d.r.


On retrouve le vêtement à l’identique dans une autre effigie d’homme inconnu (A)[5], au regard pétillant de malice et dans celui, tout aussi non identifié, passé en vente publique il y a vingt cinq ans et dont la trace est mieux connue (B)[6].

 

1710 (v.) - Homme (inachevé, 81x65)

Hyacinthe Rigaud et atelier : portrait de gentilhomme (A), v. 1710. Coll. part. © d.r

 

1710 (v.) - Homme (18-12-87)

Hyacinthe Rigaud et atelier : portrait de gentilhomme (B), v. 1710. Coll. part. © d.r.

 

 

Même constat dans le portrait de Stefano Gentile, envoyé de Gènes à la cour de France, signé, situé et daté au dos : Hyacinthe Rigaud à peint a Paris 1709[7].

 

1709 - Stefano Gentile (Gènes)

Hyacinthe Rigaud : portrait de Stefano Gentile, 1709. Gènes, coll. part. © Daniele Sanguineti

 

Enfin, l’étonnant « homme âgé de Pau », dépôt au musée de la ville par le Louvre en 1952 reprend le même plissé de manteau et la même manche de coton visible dans le bas du tableau[8]. L’œuvre, acquise par le célèbre collectionneur Louis La Caze dans une vente publique de 1855 comme un portrait du duc de la Vallière, est d’une grande qualité.

 

1710 (v.) - Homme âgé (Pau coul)

Hyacinthe Rigaud : portrait d'homme âgé, v. 1710. Pau, musée des Beaux-arts. © d.r.

 

Guillaume Faroult, dans le catalogue de la récente exposition La Caze de 2007, y remarquait « la grande précision du modelé, qui évite toutefois la sécheresse et l’éclat presque strident du coloris »[9]. En 2003, à l’occasion d’un article sur un très « spirituel » portrait d’homme dit, à tort, de Marlborough et conservé au musée Crozatier du Puy-en-Velay, nous avions fait un état de ces types de poses[10]. Les modèles y sont toujours vus en buste jusqu’au coude, tournés vers la droite de la composition, la tête presque de face. Un lourd manteau de velours recouvre l’ensemble des épaules et cache des mains qu’il eut été trop onéreux de représenter.

 

Finalement, cette posture n’était pas éloignée de celle de choisie très tôt par Rigaud pour ses autoportraits, le montrant attentif à l’idée défendue par Karel van Mander dans son Den Grondt der Edel vrij Schilder-const, qu’un portrait devait suggérer l’intelligence de la personne représentée[11].Van Mander écrivait à ce propos qu’il fallait « éviter soigneusement que la tête ne soit tournée du côté où le corps s’incline ou se penche, au risque que l’ouvrage ne traduise notre incapacité ». Regardant presque par-dessus son épaule, le modèle ainsi figuré prouvait qu’il avait de l’esprit et que son statut était en conséquence.

 

marquis de la Martinière, Delvaux, 19 dec 2008, lot. 51 72

Hyacinthe Rigaud et atelier : portrait du marquis de la Martinière, v. 1710. Coll. part. © étude Devaux


Proposé par la maison Delvaux à Drouot le 19 décembre 2008 (lot. 51), l’effigie dite du marquis de la Martinière (absente des livres de comptes de l'artiste) avait également montré une variante dans la posture, plus lascive, dans laquelle on retrouvait un manteau à la manche retroussée pour montrer le brocard. Là, on revenait aux postures vues notamment dans le portrait du marquis de La Mésangère (1712)[12], ou dans celui du marchand drapier Guillaume Castanier (1670-1725), baron de Conffoulens (1718)[13], eux-mêmes variantes du « beau Bouhier » de Dijon[14]. Les exemples ne manquent donc pas pour appuyer les comparaisons. C'est ce qui poussa probablement les experts de la vente Christie’s-Londres du 4 mai 2012, à donner un portrait d’homme au manteau rouge (lot. 152) à l'entourage de Rigaud (malgré son air « mutin », et peut-être à cause de sa raideur, il  resta invendu).

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Ecole française du XVIIIe siècle : portrait d'homme © Christie's Londres

 

Certes, en le voyant, on repensait au Bouhier de Rigaud, mais aussi à l’effigie de Jean-Louis de Roll-Montpellier (1689-1761)[15], avec son muret de pierre (ici la main en moins). Cependant, il ne faut pas oublier que, dans le même temps, Nicolas de Largillière usait des mêmes prototypes, comme le montre son portrait de Pierre-Vincent Bertin (Saint-Petersbourg, musée de l’Ermitage), magnifié par la gravure qu’en fit Vermeulen en 1694. Et que dire du Walter Krüger que nous avions déjà évoqué… ?

 

Mais revenons aux œuvres attestées du Catalan. A l’époque des Bouhier, Matinière et consort, Rigaud exigeait 300 livres pour un format dont il ne demandait que la moitié, vingt ans plus tôt. C’est que l’artiste avait pris soin d’indexer le prix de ses œuvres sur l’évolution conjointe des coûts des matières premières (toile, couleurs) et de sa notoriété. En 1760, un auteur anonyme avait présenté au marquis de Marigny, alors directeur et ordonnateur général des bâtiments du Roy, un Projet d’une sorte de tarif pour régler le prix des tableaux relativement à leur grandeur[16]. Ce barème, bien utile, montre l’évolution des prix des bustes chez Rigaud et chez la plupart de ses contemporains.

 

Ainsi, dans ses jeunes années, les formats sont relativement réduits. L’artiste débute sur des toiles 20 sols (environ 70 x 59 cm) voire moins et pour lesquelles il faut compter, vers 1680-1690, de 70 à 140 livres. Il abandonne assez rapidement ce format pour passer, vers 1700-1705, au « 81 x 65 cm » standard qui correspond à une toile de 25 sols. Là, il faut débourser systématiquement 150 livres dès 1697 (date du portrait du Grand Dauphin) puis 200 en 1715 (date du premier portrait de Louis XV). Dans les années 1721, au moment du second portrait de Louis XV[17], chaque modèle paye 300 à 500 livres pour un format similaire pour finir enfin, à partir de 1736/1740 à 600 livres.

 

Dix ans avant « l’inconnu de Bordeaux », Hyacinthe Rigaud avait su varier à l’envie certains prototypes de bustes sans mains à 140/150 livres, à l’instar d’un très bel ovale aujourd’hui conservé dans une collection privée bizontine.

 

1698 (v) - homme (coll. priv. Besancon)

Hyacinthe Rigaud : portrait d'un gentilhomme, v. 1698. Bezançon, coll. part. © Parcal Brunet

 

L’homme, jovial et bon vivant, présente une vêture typique des années 1698. Il fut d’ailleurs aisé de le rapprocher du portrait du rouennais Nicolas Le Baillif dit « Ménager » (1658-1714), connu sous le nom de comte de Saint-Jean, futur plénipotentiaire au congrès d’Utrecht (1713) et dont nous avions retrouvé l’ovale original[18]. Lorsqu’il commande son portrait à Rigaud en 1698, Mesnager n’est qu’un simple avocat rouennais. Aussi, le peintre évite-t-il de représenter Ménager avec des mains et choisit-t-il un buste certes habillé d’un riche manteau bleu, mais moins onéreux que d’autres prototypes.

 

1698 - Nicolas Ménager (coll. priv.)

Hyacinthe Rigaud : portrait de Nicolas Mesnager, 1698. Paris, coll. part. © d.r.

 

Outre une ressemblance parfaitement réussie dans les deux cas, Rigaud se plait à mettre tout son art au service de son modèle. On admirera avec raison la manière dont il relève de quelques touches de rouge, de bleu et de jaune, le petit revers du manteau qui, de loin, semble de ce fait extrêmement riche.

 

Ces modèles firent des émules jusqu’en 1705, date à laquelle Niccolo Cattaneo Della Volta (1679-1751), marquis de Catano sollicite Rigaud pour un « calque » du buste du plénipotentiaire français[19]. 200 livres furent alors payées pour un ovale auquel on rajouta ultérieurement une main tenant une lettre.

 

Cattaneo 1705

Hyacinthe Rigaud : portrait de Niccolo Cattaneo, 1705. Gènes, coll. part. © Daniele Sanguineti

 

Sans doute au même moment, fut peint un autre portrait d’homme, que nous rejetons du catalogue de Rigaud, mais dont il emprunte la posture utilisée pour Nicolas Mesnager : mêmes drapés, même veste de soie grise, mêmes dentelles :

 

homme

Giovanni Maria delle Piane - portrait de gentilhomme. Gènes, coll. part. © Daniele Sanguineti


Le visage, par contre, et le style même du pinceau, indiquent un artiste italien. Spécialiste du peintre Giovanni Maria delle Piane « il Mulinaretto » (1660-1745), Daniele Sanguinetti montrait encore très récemment combien cet artiste, à l’instar de Domenico Parodi (1668-1740) et Giovanni Enrico Vaymer (1665–1738), avait su singer de manière confondante les prototypes fixés par le Catalan[20].

 

Enfin, pour achever ce petit tour d’horizon des portraits en buste de l’extrême fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècles récemment réapparus, notons l’effigie tout à fait inédite du comte d’Avaux qui perpétue la tradition des personnages en ovale, « enveloppés » d’un manteau rapidement brossé. Peint en 1700 contre 150 livres[21] il nécessita la participation d’Adrien Leprieur qui fut rétribué 8 livres pour avoir fait l’habit. On voit encore bien la légèreté de la perruque et la fine psychologie du visage typique de Rigaud (sourcils détaillés, petites touches de blanc dans les yeux, évanescence de la perruque sur une préparation rouge sousjascente...).

 

Avaux

Hyacinthe Rigaud & Adrien Leprieur : portrait du comte d'Avaux, 1700. France, coll. part. © Stéphan Perreau


Jean-Antoine II de Mesmes (1640-1709), comte d’Avaux, était un personnage considérable ne serait-ce que par l’importance des traités politiques qu’il eut à négocier. Sa famille était riche en parlementaires[22] et lui-même y avait débuté sa carrière. Resté célibataire, le comte était titré Chevalier, Seigneur d'Irval et de Roissy. Il hérita, comme par succession et avec le nom illustre d’Avaux, des grandes qualités de son oncle, Claude de Mesmes (1595-1650). Il eut les mêmes emplois et les mêmes talents, devint conseiller au parlement, puis maître des requêtes et conseiller d’état.

 

Louis Moreri, dans le tome VII de son Grand dictionnaire historique[23], nous décrit la carrière haute en couleur de l'ambassadeur : « Il fut envoyé à Venise en l’année 1671, en qualité d’ambassadeur extraordinaire : il y résida jusqu’en 1674. Le roi le choisit l’année suivante pour un de ses plénipotentiaires à la paix de Nimegue, qu’il conclut heureusement. Il fut envoyé quelque temps après en Hollande avec le titre d’ambassadeur ; il y ménagea une trêve en 1684 avec l’Espagne, par laquelle le Luxembourg fut cédé au roi. La guerre l’ayant fait revenir en France l’an 1688, le roi le nomma l'année suivante pour son ambassadeur extraordinaire auprès de Jacques II, roi d’Angleterre, qui étoit alors en Irlande. L’an 1692, il fut envoyé en Suéde avec la même qualité d’ambassadeur, & il y travailla utilement aux préliminaires de la paix, qui fut conclue depuis à Riswick. Enfin, après avoir renouvelé les anciens traités d'alliance entre la France & la Suéde, il passa pour la seconde fois en Hollande, d'où la guerre, causée pour la succession d'Espagne, le fit revenir, & il mourut à Paris le 11 février 1709, à l’âge de 69 ans. »

 

Commandeur, grand-prevôt et maître des cérémonies des ordres du roi (1684)[24] le comte d’Avaux en porte les insignes sur son portrait (le cordon bleu de l'ordre du Saint Esprit ainsi que la croix pectorale d'argent sur le manteau).

 

Le duc de Saint-Simon, très « à cheval » sur le protocole, nous laissa une petite description cinglante du pauvre d'Avaux alors qu’il était définitivement rentré en France[25] : « En ces temps-là, et jusqu’à la mort du roi, nul homme du parlement ne paraissait à la cour sans robe, ni du conseil sans manteau, ni magistrat, ni avocat nulle part dans Paris sans manteau, où même beaucoup du parlement avaient toujours leur robe. M. d’Avaux, seul, conserva la cravate et l’épée, avec un habit toujours noir, au retour de ses ambassades ; aussi s’en moquait-on fort, jusque-là que ses amis et le chancelier lui en parlèrent. Le roi, qui en riait aussi, eut pitié de cette faiblesse et ne voulut pas lui faire dire de reprendre son rabat et son manteau. Le président de Mesmes, son frère, ne l’approuvait pas plus que les autres. Ce pauvre homme, avec sa charge de l’ordre et son cordon bleu en écharpe, se comptait faire passer pour un chevalier de l’ordre et se croyait bien distingué des conseillers d’État de robe, dont il était, par ce ridicule accoutrement. »



[1] Le tableau est, depuis 2011, passé dans une autre collection.

[2] Huile sur toile d’après Rigaud. 82 x 65 cm. Orléans, musée des Beaux-arts. Inv. 763. Entré au musée en 1825, don de M. Prouvençal de Saint-Hilaire. Cat. Orléans, 1826, n°49 ; Cat. Orléans, 1828, n°49 ; Cat. Orléans, 1843, n°39 ; Cat. Orléans, 1876, n°335 ; Cat. Orléans, 1878, p. 10 ; Bizemont, 1825, p. 1 ; O’Neill, 1981, I, p. 125. n°156 ; Cat. Orléans, 2002, p. 168, n°186, repr.

[3] On pense au portrait dit de Thomas Le Gendre de Collandres de 1713 (Aix-en-Provence, musée Granet. Inv. n°880-1-4).

[4] Huile sur toile, 88 x 75 cm. Vente Paris, hôtel Drouot, 26 février 1982, lot 32.

[5] Huile sur toile, 81 x 65 cm.

[6] Huile sur toile ovale, 79 x 63,5 cm. Localisation actuelle inconnue.  Anciennement dans la collection Cossé-Brissac ; sa vente Paris, Drouot, Lefevre-Soyer, 6 & 13 juin 1864, lot 170 (comme portrait de Fontenelle) ; vente Paris, Drouot, 18 décembre 1987, lot 61).

[7] Huile sur toile ovale, 1709, 93,5 x 65 cm. Roman, 1919, p. 144, 155, 166 ; Sanguineti, 2001, p. 43 ; James-Sarazin, 2003/3, p. 211 ; Sanguineti, 2011, p. 36-37.

[8] Huile sur toile ovale, 81 x 65 cm. Pau, musée des Beaux-arts. Inv. D 52.3.5 (vente Paris, Hôtel Drouot, 21 février 1855, n°46 ; ancienne collection La Caze, n°311 ; dépôt du Louvre, Inv. MI, 1105). Bibl. : Ojalvo, 1967, p. 45 ; Comte, 1978 ; Perreau, 2003, p. 29, Faroult, 2007, p. 639-640.

[9] Sous la direction de Guillaume Faroult, La collection La Caze : chefs-d’œuvre des peintures des XVIIe et XVIIIe siècles, exposition Paris, musée du Louvre, 26 avril – 9 juillet 2007, Paris, Hazan, 2007, p. 639.

[10] Stéphan Perreau, « Un portrait de gentilhomme par Hyacinthe Rigaud, au musée Crozatier », Annales des amis du musée Crozatier, n°12, 2003.

[11] Carl Depauw &  Ger luijten,  Antoine van Dyck et l’estampe, 1999.

[12] Guillaume Scott (1679-1723), sieur de La Mésangère, président de la chambre des comptes de Rouen. Huile sur toile, 1712, 81,5 x 65,3 cm. Collection particulière (vente Christie’s Londres, 6 juillet 2007, lot 178).

[13] Huile sur toile, 1718, 79 x 64 cm. Carcassonne, musée des Beaux-arts. Inv. 845.64.82.

[14] Huile sur toile, 1713, 94 x 77 cm. Inscription sur le rebord de pierre. : Antoine Bernard Bouhier. Dijon, mba. Inv. CA 358.

[15] Huile sur toile, 1713, 93 x 74 cm. Collection particulière (vente New York Christie’s, 15 avril 2008, lot. 63). Roman, 1919, p. 169 (fautif) ; Ribeton, 1999, p. 76 ; Perreau, 2004, p. 241 ; Ribeton, 2010, p. 140.

[16] Arch. Nat. Y458, communiqué par Henri Stein, « L’art tarifié », NAAF, 1888, t. IV, p. 270-271.

[17] Versailles, musée national du château. Inv. 7500, MV3695, AC 2410.

[18] Perreau, 2004, p. 44.

[19] Roman, 1919, p. 114 ; Daniele Sanguineti, « Sotto il segno di Rigaud : modelli, suggestioni e protopipi francesi  nella ritrattistica di pimo Settecento a Genova », Bullettino dei Musei Civici Genovesi, 2000, Anno XXII, p. 42.

[20] L’exemple le plus frappant est sans doute le portrait de Clemente Doria (1666-1731) du Mulinaretto, dans lequel certains historiens de l’art français crurent voir l’effigie du « bailly Spinola, de Gênes », peint par Rigaud en 1705 (*PC.889) contre la « modique » somme de 200 livres. En réalité, l’effigie connue du corpus du Mulinaretto avait été littéralement calquée en sens inverse des militaires brandissant un bâton de commandement que le Catalan produit à la chaîne entre 1689 et 1710…

[21] Roman, 1919, p. 79. On note dans les livres de comptes un doublon du même portrait en 1701 (Roman, op. cit., p. 80). Un second portrait est répertorié en 1702 pour le même prix mais avec un intitulé différent ce qui fait penser qu’il ne s’agit pas d’un doublon : « Mr le comte d’Avaux, me des cérémonies des ordres du Roy » (Roman, 1919, p. 92).

[22] Son neveu, Jean-Antoine III de Mesmes (1661-1723), s’était fait peindre dès 1690 tout auréolé de son statut de président à mortier au parlement de Paris (1688).

[23] Paris, 1759, p. 497.

[24] Charge dont il hérita sur démission de son frère, Jean-Jacques III (1640-1688), comte d’Avaux, vicomte de Neufchastel, seigneur de Cramayel, président à mortier en 1672, Intendant à Soissons et prévôt et maître des cérémonies des Ordres du roi de 1671 à 1684 (lequel en conserva cependant les honneurs et les privilèges).

[25] Mémoires, 1703, IV, 12.

Par Stéphan Perreau
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Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 16:25

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Atelier de Hyacinthe Rigaud - Portrait du cardinal de Fleury (v. 1727) - coll. priv. © Beaussant-Lefebvre 2012

 

Le cardinal de Fleury, le comte d'Evreux, le duc de Lesdiguières, Louis XIV, Vintimille... le marché de l'art printannier nous apporte quelques nouvelles petites graines Rigaudiennes toujours plaisantes.

 

Si au cours de ces derniers mois nous avons pu revoir et découvrir un certain nombre d'œuvres autographes en collections publiques et privées, les pièces d'atelier n'en sont pas pour autant moins appréciables. En témoigne une élégante version du cardinal de Fleury, en buste, produite par une « entreprise Rigaud » soucieuse de contenter ceux pour qui une effigie « en pied » aurait été impossible à acquérir. Celle-ci, peinte en 1727 contre 3000 livres, avait célébré l'accession de l'ancien évêque de Fréjus au cardinalat (1726) et l'honneur d'avoir été nommé par Louis XV comme premier ministre. 

 

1727 - André-Hercule de Fleury (Goodwood House)

Hyacinthe Rigaud - Portrait du cardinal de Fleury (v. 1727) - Londres, Goodwood House


Assis dans un riche fauteuil aux accotoirs sculptés, le prélat trônait originellement dans toute la pompe de ses nouvelles fonctions mais ne faisait par illusion : il s'agissait simplement pour Rigaud d'extrapoler un premier portrait peint en 1706 alors que modèle était simple évêque de Fréjus, tout en l'actualisant de la pompe cardinalice. Comme à l'ordinaire, Rigaud déploya en cette année 1727 un art foisonnant dans les effets de drapés et l'enchevêtrement des plis... trop peut être trop selon certains, au point de critiquer l'ampleur du rideau de fond dont l'animation semblait bien peu naturelle. L'attention que le regard devait porter à la figure, s'y trouva détournée au profit d'un décorum plus que pompeux, trop « terriblement » rouge (une version légèrement tronquée était d'ailleurs passée en vente à Paris en décembre 2010).

 

Même si les livres de comptes ne répertorient que les copies « en pied » du portrait du Cardinal, on sait par les versions en buste, datées et « signées », que l'artiste fit très vite réduire l'original en l'ornant (ou pas) d'un léger rideau à gauche. De nombreux exemplaires, la plupart issus de l'atelier, sont encore conservés à Perpignan, Lodève, Versailles, Budapest, Londres, Brühl, Castries, Detroit, Darmstadt... jusqu'à Copenhague où Gustav Lunberg signalait une copie réalisée par... Louis Tocqué. La version mise en vente ce 25 avril 2012 (lot 37) appartient aux belles copies dont le visage et la vêture ont été clairement peints par deux mains différentes (la pemière plus talentueuse que la seconde). Estimé un petit 3/4000€, le tableau était convoité par quelques ordres laissés au commissaire priseur avant la vente, cependant rapidement dépassés par deux enchérisseurs en salle. On peut pourtant se demander comment un ecclésiastique, à la mise si bonhomme soit-elle, réussit à faire 7500€ au prorata des 14000€ de l'époustouflante comtesse de Karcado de 1710 que nous avons récemment revue restaurée...

 

Quelques jours avant Monseigneur de Fleury, la maison Christie's à Paris proposait la petite copie de l'effigie peinte par Rigaud en 1687 de Jean-François de Paule de Créquy de Bonne (1678-1703), alors tout jeune duc de Lesdiguières (cinquième du nom).

 

1686 - Jean-François de Paule de Créquy de Bonne (Christi

Atelier de Hyacinthe Rigaud - Portrait du duc de Lesdiguières - coll. priv. © Christie's France 2012

 

La toile (46 x 38 cm), jusqu'ici conservée dans la collection Niel, était déjà passée en vente à Douot chez Ader, le 11 janvier 1952 (lot 167). Elle simplifiait un autre tableau, autographe celui-là, qui fut légué au Louvre en 1869 par le fameux docteur Louis La Caze (1798-1869). Neuf ans auparavant le collectionneur avait d'ailleurs exposé au Salon de 1860 cette image enfantine, rare dans l'œuvre de Rigaud, et qui fut gravée dès 1691 par Pierre Drevet.


1686 - Jean-François de Paule de Créquy de Bonne (Louvre)

Hyacinthe Rigaud - Portrait du duc de Lesdiguières (v. 1687) - Paris, musée du Louvre © Stéphan Perreau

 

Sous le pseudonyme de W. Bürger, le critique d'art Théophile Thoré avait ainsi pu souligner la finesse du tableau La Caze dans un article de la Gazette des Beaux-arts de 1860, intitulé « Exposition de tableaux de l'école française ancienne, tirés de collections d'amateurs »  (p. 266) : 

 

« De Rigaud nous n'avons que deux portraits : un Louis XV enfant, et un petit Duc de Lesdiguières, vrai bijou ! Il est représenté à mi-corps, avec une cuirasse, et sa svelte main droite appuyée, du bout d'ongles rosés, sur le bâton de commandement. Déjà ! Quel âge peut avoir ce gentil guerrier ? une douzaine d'années. Sa perruque blondine encadre un fin visage, si délicat, si tendre, un minois de fillette. Se peut-il bien qu'il descende du connétable, si fameux dans les discordes civiles, un siècle auparavant ? — Je ne crois pas que Rigaud ait jamais fait un portrait plus exquis. »

 

Invendu, gageons que nous reverrons prochainement le petite version Niel, non dénuée d'un certain charme...

 

Le 3 mai prochain, la maison Sotheb'ys de Londres propose quant à elle une très élégante réplique d'atelier du portrait du comte d'Evreux, dont l'original fut peint en 1703. Nous avions déjà signalé d'autres versions passées en vente récemment, mais celle-ci, issue de la collection du prince et de la princesse de La Tour d'Auvergne-Lauraguais, est l'une des plus homogènes même si elle accuse un fini parfois un peu « pâteux » (huile sur toile 117,5  x 91 cm, lot. 1).


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 Atelier de Hyacinthe Rigaud - Portrait du comte d'Evreux (v. 1704) - coll. priv. © Sotheby's Londres 2012

 

La reproduction de l'image originale (Gemälde Galerie de Kassel) est, par contre, tout à fait fidèle, à peine tronquée dans le bas. Les couleurs sont fraîches, le regard du comte est assuré, fidèlement rendu. Qui en est l'auteur ? Difficile de répondre si ce n'est que la main du maître semble en être absente. Le traitement des drapés notamment, est caractéristique d'un élève de confiance, parfaitement au fait des effets du maître mais toutefois impuissant à en maîtriser la science si célèbre du « lissé ». Une fois de plus, les livres de comptes de Rigaud ne nous sont pas d'une très grande utilité car dans le cas du comte d'Evreux, ils ne proposent que peu d'échos de la production initiale. 


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 Atelier de Hyacinthe Rigaud - Portrait du comte d'Evreux (détail) - coll. priv. © Sotheby's Londres 2012

 

Tout au plus sait-on que l'original avait déjà été calqué d'un modèle antérieur (« habillement répété ») et qu'Adrien Leprieur en fut le principal collaborateur. Il reçut 50 livres en 1704 pour avoir « habillé » le comte et avait déjà reçu semblable somme l'année précédente après avoir passé « huit jours au portrait » (probablement la copie officielle faite en 1703 contre 150 livres et qui correspond probablement à celle que Christie's présente). De temps à autre, on sait aussi que Leprieur ne rechignait pas à travailler sur des parties bien spécifiques du tableau, telle la bataille de fond, inventée par Joseph Parrocel (1646-1704). D'ailleurs, preuve de sa compétence, il se vit offrir 20 livres en 1707 pour « avoir coppié une bataille d’après Mr Paroussel, 5 journées », même si on ne sait pas à quel tableau était destiné ce choc de cavalerie. 

 

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 Atelier de Hyacinthe Rigaud - Portrait du comte d'Evreux (détail de la bataille d'après Parrocel) - coll. priv. © Sotheby's Londres 2012

 

En 1704, Eloi Fontaine réalisa une petite réplique en buste, travail pour lequel il reçoit 36 livres. L'année précédente, Nicolas de Launay n'en avait reçu que 3 en contrepartie de son travail sur une copie. Enfin, Leprieur produisait « une tête » du comte en 1704, et n'en retira que 12 livres.

 

Sous le lot 229, la vente Sotheby's propose également la gravure correspondante de Schmidt (dont nous avions rappelé la genèse il y a peu) mais aussi celle par Claude Drevet d'après Rigaud, figurant Henri-Oswald de la Tour d'Auvergne (lot 107), archevêque de Vienne (1721), cousin germain du comte d'Evreux.

 

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Claude Drevet d'après Hyacinthe Rigaud - Portrait l'archevêque d'Auvergne (1749) - coll. priv. © Sotheby's Londres 2012

 

Jusque récemment, l'estampe restait orpheline du tableau qu'elle transposait et c'est avec beaucoup d'émotion que nous avions redécouvert au détour d'une demeure privée en 2006, la toile d'origine qui avait été peinte en 1732 à l'occasion de la nomination du modèle comme premier aumônier du roi (on voit encore le marouflage sur la grande composition du carré du visage). Au prix de quelques aménagements (dont on ne sait s'ils furent du fait du commanditaire de la gravure, le médecin Vallant), la planche de Drevet transposait l'ensemble de la composition de Rigaud, de la plus belle hermine à l'infini détail de la dentelle.

 

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Hyacinthe Rigaud - Portrait de l'archevêque d'Auvergne - 1732 (coll. priv.)

  © photo Stéphan Perreau (Reproduction interdite sans autorisation de l'auteur)

 

Le Mercure de France de 1749 (p. 161) qui signala la parution de la gravure ne s'y était d'ailleurs pas trompé :

 

« Le sieur Drevet, graveur du roi, vient de finir le portrait du Cardinald ‘Auvergne, gravé d’après le célèbre Rigaud. Cette estampe, qui est de la grandeur de celle de M. Bossuet, répond parfaitement à la réputation du sieur Drevet, et ce fameux artiste a surpassé encore dans celle-ci par la douceur et la force de son burin les excellens morceaux qu’il a déjà donnés au public. On trouvera cette estampe chez l’Auteur, aux Galeries du Louvre »

 

Estimées entre 200 et 500 livres sterling, les deux estampes (dont celle du comte d'Evreux est malheureusement pliée) montrent la vigueur du marché des gravures d'après Rigaud. On se souvient de certains prix réalisés lors de la jolie vente Brissonneau du 7 février dernier, lesquels furent pourtant pulvérisés par les 13750 dollars atteints par une estampe figurant Louis XIV lors d'une vente Sotheby's New York, le 19 avril 2012 (lot 42).

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Pierre Drevet d'après Hyacinthe Rigaud - Portrait de Louis XIV - 1712  © Christie's New York 2012

 

Mais il est vrai que cette pièce, passée de la collection Suzanne Saperstein de Beverly Hills à un nouveau propriétaire, était pompeusement encadrée par une bordure « dorée à l'américaine »...

 

Le lendemain de la vente Sotheby's, la maison londonnienne Christie's remettra pour sa part en vente la version du portrait de l'archevêque de Paris Charles Gaspard de Vintimille du Luc (lot 151), peinte également en 1732, et que nous avions identifié lors d'une première session le 8 juillet 2011.

 

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   Atelier de Hyacinthe Rigaud - portrait de Charles-Gaspard de Vintimille du Luc (1732) © Christie's images


L'original de 1731, au décorum très proche de celui de l'archevêque de Vienne, est aujourd'hui conservé à la Memorial Art Gallery de Rochester aux Etats Unis. L'un comme l'autre, les deux archevêques n'étaient pas des inconnus de Hyacinthe Rigaud. Le premier était le neveu du célèbre cardinal de Bouillon, peint par l'artiste en 1706. Sa propre sœur, Elisabeth-Eléonore de la Tour d’Auvergne (v. 1665-1746), abbesse de Thorigny en 1702 passa dans l'atelier de Rigaud dès 1714... Quant à Vintimille, il avait été séduit par le style de l'artiste qui transposa en 1713 les traits de son frère, Charles-François de Vintimille du Luc (1653-1740), marquis des Arcs et de La Marthe mais également l'année suivante ceux de son neveu, Gaspard-Hubert Magdelon (1687-1748).

 

Pour terminer, on remarquera au lot 152 de la vente Christie's, un portrait d'homme au manteau rouge donné à l'école de Rigaud, occasion de faire un point sur quelques portraits de gentilhommes récemment sortis de l'ombre. Mais cela est une autre histoire...


Par Stéphan Perreau
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Vendredi 16 mars 2012 5 16 /03 /Mars /2012 16:30

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Jean Ranc (1674-1735)
Portrait dit du marquis de Prye, ambassadeur à Turin
Huile sur toile - 145 x 123 cm
Localisation actuelle inconnue
Photo : D.R.

 

En vue de la préparation du catalogue raisonné du peintre Jean Ranc (1674-1735) ainsi que d’une rétrospective à l’horizon 2014, nous invitons tous les collectionneurs, musées ou personnes connaissant ou possédant des œuvres ou des documents relatifs à cet artiste et à Rigaud à nous contacter. En effet, les oeuvres de jeunesse de Ranc sont très souvent confondues avec celles de son maître. En témoignent les portraits de Bonnier de La Mosson et de son épouse peints par Ranc, et qui furent considérés jusque récemment comme portraits du président et de la présidente de la Mésangère par Rigaud alors que les vrais portraits  du Catalan étaient des bustes.

 


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Jean Ranc - portrait de Joseph Bonnier de La Mosson et de son épouse (v. 1710)

Venise, coll. part © d.r.

 

 

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Hyacinthe Rigaud - portrait de du marquis de la Mésangère et de son épouse (1715)

Coll. part. © d.r

 

Ranc, né à Montpellier, élève et devenu en 1715 le neveu par alliance de Hyacinthe Rigaud (1659-1743), fut nommé peintre du roi d’Espagne en 1722 à l’instigation de son parent.

 

Vous pourrez avoir un apperçu de la carrière parisienne de Jean Ranc dans un article que nous venons de faire paraître dans le numéro de janvier de l'Estampille l'Objet d'art.

 


Par Stéphan Perreau
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Dimanche 11 mars 2012 7 11 /03 /Mars /2012 23:56

 

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Frontispice de l'Œuvre de Hyacinthe Rigaud - 1741 © d.r.

 

Le 7 février dernier, la salle 9 à Drouot (Brissonneau) accueillait une vente dite « pour spécialistes », consacrée à des gravures de très belle qualité. De fait, le public présent, essentiellement composé de marchands et de fins connaisseurs[1], affichait un calme olympien à l’ouverture des hostilités.


Dès l’ouverture, les ouvrages bibliographiques furent peu disputés. Il fallut attendre les lots 47 et 48 (tableaux du roy reliés en maroquin) pour que l’on commence à sentir quelque fièvre. C’est pourtant la très belle série d’Odieuvre (lot 55) qui remporta la palme en doublant son estimation… talonnée par un bel exemplaire du plan de Turgot aux armes de la ville de Paris (lot 58), estimé 5000/6000 € et emporté à 9500 €…

 

La vente des estampes s’annonçait remarquable à bien des titres, réunissant une série tout à fait exceptionnelle de planches d’après Rigaud : 45 planches sur environ 317, un rapport notable de 14%.

 

Leur beauté, leur célébrité et leur importance dans le corpus de l’artiste faisaient espérer de belles enchères. D’ailleurs, Rigaud ne s’y était pas trompé, qui les avait réunies en 1741 dans son « Œuvre » gravée en 1741, et dont un exemplaire est aujourd’hui conservé à la bibliothèque de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts Paris (Inv. BIB 1439 in-Fol).

 

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Laurent Cars d'après Rigaud - portrait de Sébastien Bourdon - 1733 © d.r.

 

Si les estimations étaient alléchantes et semblaient raisonnables, certains s’aperçurent très vite qu’il allait falloir débourser au moins 250 à 400 € pour remporter un exemplaire à grandes marges. On lorgnait ainsi, sur le Sébastien Bourdon (lot 102), feuille exemplaire qui servit de morceau de réception à Laurent Cars pour sa réception à l’Académie, en 1733, d’après un autoportrait du peintre montpelliérain que Rigaud possédait et qu’il avait « habillé » d’un drapé. Las… de 60 € on arrivait rapidement à 420 €… Le duc d’Antin, Berbier du Metz, Boyer d’Eguilles, Boileau, Hippolyte de Béthune, Brunenc ou Brulat de Sillery furent moins disputés. Une amateur jetait son dévolu sur quelques bustes de la série des peintres de l’académie tandis que certains chineurs, au nom d'enchérisseurs plus discrets et engaillardis par des premières enchères, passaient vite la main sur de plus belles pièces.

 

Un temps, il y eu confusion du commissaire priseur sur le lot 128 (l’archevêque de Rouen Colbert), qui faillit être vendu à la place du numéro précédent, beaucoup moins beau. Coislin fut cédé à 30 € et le prélat normand fit son estimation…

 

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Pierre Drevet d'après Rigaud - portrait de Jacques-Nicols Colbert - 1699 © d.r.


Passèrent ensuite De Cote, Coysevox, Colbert de Croissy, De Lamet, Fine de Biranville, Girardon, d'Hozier… Une halte fut marquée à la planche figurant Dangeau (lot 156) qui doubla les 250 € demandés. Même réaction au jeune Guldenleu (lot 203), au Mansart (lot 206), à l’austère Montpensier (lot 275) et au splendide Mignard (lot 290), atteignant tous les 400/500 €. Le Louis XIV, dans son état « extrêmement rare » d’après Firmin-Didot (lot 264) laissa loin les 400€ de l’estimation basse pour rejoindre les sphères des 1100 €. Quant à la série des autoportrait de Rigaud (lots 328, 329, 330, 331, 332), ils ne déméritèrent pas. L'autoportrait dit « au manteau rouge » gravé par Edelinck était particulièrement beau.

 

Le nouvel acquéreur de la planche apprécia particulièrement les hommages que Rigaud y placa : l'évocation sur la feuille de papier roulée, au premier plan, du portrait de la famille de sa soeur (aujourd'hui au Louvre) et l'esquisse du portrait du prince de Conti sur le chevalet.

 

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Gérard Edelinck d'après Rigaud - auportrait de Rigaud « au manteau rouge » (détail) - 1698 © coll. priv.

 

Une belle vente en somme au cours de laquelle tout le monde pouvait finalement repartir avec une estampe (même celles contrecolées et coupées pour un « encadrement XVIIIe » étaient fort belles), et ce, malgré l’absence remarquée des rares planches féminines de Rigaud. Seuls la mère de l’artiste (lot 347) et le petit ovale d’Elisabeth de Gouy dans l’autoportrait gravé par Daullé (lot 328) étaient représentés.

 

 


[1] Parmi lesquels on reconnaissait une certaine « censure » désormais bien connue…

Par Stéphan Perreau
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 12:32

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Hyacinthe Rigaud - portrait Marie-Anne Le Meignen de Villercy (détail) - 1713 © Etude Fraysse

 

Ce mercredi 25 janvier 2012, à Drouot (salle 6), la maison Fraysse ouvre la « saison Rigaud »[1] avec un très beau portrait de « Jeune femme à la robe rouge » (lot 20) qui, s’il n’est qu’attribué à l’école française du XVIIIe siècle dans le catalogue, doit immanquablement être rendu au portraitiste d’origine catalane[2]. Nous avions eu l’occasion, dans notre biographie consacrée à l’artiste en 2004, de publier un certain nombre de portraits féminins inédits, et de consacrer un an plus tard à ces « grâces rigaudiennes » un article spécial dans l’Estampille-l’objet d’art. Nous y reviendrons très prochainement. Le nouveau portrait présenté à la vente Fraysse semble, lui aussi, vouloir détromper la tradition popularisée par Dezallier d’Argenville qui fit de l’artiste un peintre d’hommes : « Quoique Rigaud fut naturellement galant avec les Dames, il n’aimoit point à les peindre : Si je les fais, disoit-il, telles qu’elles font, elles ne se trouveront pas assez, belles ; si je les flatte trop, elles ne ressembleront pas ».

 

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Hyacinthe Rigaud - portrait présumé de Marie-Anne Le Meignen de Villercy - 1713 © Etude Fraysse


Rondeur caractéristique des carnations, rendu psychologique particulièrement marqué de cette jolie blonde au regard tout de mélancolie et parfaitement humanisé… autant d’éléments qui plaident dès l'abord en faveur d'une telle paternité stylistique en appuyant, s'il était besoin, l'aspect autographe du buste. En poussant plus loin l’examen, on reconnaissait finalement l’agencement des drapés, on retrouvait celui de la longue natte tressée qui déborde de l’épaule enroulant le port de tête grâcieux, tous empruntés d’une posture déjà utilisée (ou réutilisée) chez Rigaud.

 

L’un des témoignages les plus flagrants est (au moyen de quelques variantes) l’effigie peinte par l’artiste en 1712[3] de Marguerite-Henriette de Labriffe (v.1695-1724), comtesse de Selles à l’occasion de ses noces avec le parlementaire aixois Cardin Le Bret (1675-1734).

 

1712 - Marguerite-Henriette de la Briffe (non localisé)

Hyacinthe Rigaud - portrait Marguerite-Henriette de Labriffe, comtesse de Selles - 1712 - Collection particulière © d.r


La production de ce petit buste (sans prix) apparaît dans les livres de comptes de Rigaud au verso du folio 33 de l’année en question : « Me la pre presidte Daix en Bust pour made de la briffe, sa mere ». En effet, Bonne de Barillon d’Amoncourt (1667-1733)[4], voyant partir sa fille en Provence, souhaita garder auprès d’elle, le souvenir d’une tendre enfant dont la vie devait s’avérer fort courte. La nouvelle comtesse, quant à elle, avait succombé à une composition bien plus ostentatoire (800 livres), celle d’une jeune promise travestie en Cérès, divinité féconde et généreuse, étalant le luxe d’une robe de soie brune dans un paysage d’été[5]

 

Un troisième élément de comparaison peut être trouvé dans le portrait, daté de 1715, figurant les traits de Marie-Thérèse de Pas de Bois l’abbé, dame de la Mésangère[6], épouse depuis 1703 de Guillaume Scott (1679-1723), sieur de La Mésangère, président de la chambre des comptes de Rouen, lui aussi peint par l’artiste trois ans plus tôt[7].

 

1715 - MMe de la Mésangère (coll. priv)

Hyacinthe Rigaud & Charles Sevin de La Penaye - portrait de Marie-Thérèse de Pas de Bois l’abbé, dame de la Mésangère - 1715

Collection paritulière © d.r


Ces jeunes femmes, clientes que l’artiste eut à peindre en buste entre 1710 et 1715, furent les aimables victimes d’une attitude à succès que l’on peut estimer à 200 livres. Leurs récents mariages furent ainsi les prétextes pour payer à Rigaud des effigies des époux, « en pendants », point de départ d’une vie de couple que l’on espérait féconde ou du moins prospère. Preuve en est la discrète fleur d’oranger « piquée » dans le blond chignon de l’inconnue de Fraysse. Rigaud pouvait exploiter un modèle sur une petite dizaine d’années, avant d’évoluer en suivant la mode.

 

Ainsi, dès 1706, il invente une posture pour Anastasia Ermilovna, épouse d’Andrei Artamonovich Matveieff (1666-1728), alors ambassadeur de Moscovie en France de 1705 à 1711[8].

 

1706 - Anastasia Ye. Matveeva (Leningrad)

Atelier de Hyacinthe Rigaud - portrait d'Anastasia Ermilovna - v. 1706

Saint-Péterbourg, Musée de l'Hermitage © 2003 State Hermitage Museum

 

Il réutilise semblable vêture pour une jolie brune, à l’identité encore inconnue, œuvre jusqu’ici attribuée à tort au peintre Desportes et conservée au musée de Besançon. La colonne annelée dans le fond constitue un décor récurrent des années 1690-1710.

 

Rigaud femme Besançon

Hyacinthe Rigaud - portrait de jeune femme - v. 1710 - Besançon, musée des beaux-arts

© Besançon, musée des beaux-arts et d'archéologie, cliché Pierre Guénot

 

En 1715, lorsqu’il s’agira de figurer les traits délicats de la marquise d’Avaugour (v. 1694-1716)[9], fille naturelle du Grand Dauphin et de la comédienne Françoise Pitel de Longchamp dite Fanchon (1662-1721), le peintre reprend une fois de plus la pose. On le voit, l’ambitus court sur environ 10 ans.

 

1715 - femme (coll. Suisse 3)

Hyacinthe Rigaud - portrait de la marquise d'Avaugour - 1715 - Suisse, collection privée © d.r 

 

Dans le cas présent, on est tenté de considérer à défaut l’effigie de Madame Lebret comme un terminus ante quem. Alors, qui est notre inconnue ? Dans la liste des « potentielles », on écartera d’emblée Anne-Louise Langlois, femme depuis 1700 de Nicolas-Jacques Boucher (v.1675-1728), receveur des tailles du Maine, car elle avait déjà la trentaine lorsqu’elle commande à Rigaud son buste en 1712[10]. Il n’y avait donc aucune raison pour que le peintre fît figurer la célèbre fleur d’oranger… Même remarque avec Louise de Viellevigne (v.1680-1736)[11], seconde épouse en 1713 de l’intendant Legendre de Lormoy[12] ; idem avec l’épouse du conseiller au parlement d’Aix, couple peint de concert en 1713 : Hanri d’Arnaud de Vallongue (1673-1716) et Elisabeth du Périer, unis depuis 1687[13].

 

Parfois, l’union matrimoniale et la production des portraits correspondaient avec l’acquisition d’une charge. C’est le cas des effigies de Crépine-Catherine Charmolue de La Garde (v.1691-1751) et d’Etienne-Vincent Le Mée (1681-1751), conseiller au parlement de Paris en 1711, mariés la même année[14]. Madame Le Mée serait alors une candidate idéale[15]. Mais si l’on tient compte du fait que le décorum du portrait de la vente Fraysse constitue une simplification du portrait plus complexe de Mademoiselle de Labriffe (simple rideau à gauche et absence d’un muret de pierre que l’on voyait supportant le drapé), il serait bien tentant de voir ici le minois de  Marie-Anne Le Maignen (v. 1692-1729)[16], peinte en 1713, soit un an après son mariage d’avec le receveur général payeur des rentes Claude Thiroux de Villercy (1680-1735)[17].

 

On le voit, la recherche d’identification, chez Rigaud est difficile. Le rentoilage un peu sévère du tableau a sans doute fait disparaître tout élément qui aurait pu nous mettre sur une piste. Que cela ne boude pas notre plaisir tant la qualité du visage emporte l’adhésion et fait oublier la seconde main de l’aide d’atelier, sollicitée ici pour le bas de la composition (drapé).

 

Gageons que la crasse en moins, les chancis ôtés, les soulèvements fixés, les manques comblés, cet élégant portrait présenté « dans son jus », saura contenter un acheteur anonyme au téléphone qui n'a pas hésité à tripler l'estimation haute pour remporter l'enchère...

Dernière minute...

Preuve que l'histoire de l'art est perpétuellement alimentée par les découvertes, une signature au dos de la toile jusqu'ici cachée par un ancien rentoilage, vient de livrer une partie des secrets du portrait.
Détrônant la possible Mme Le Maignen, la comtesse de Kerkado renaît.

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Mais nous reviendrons sur ce point très prochainement...

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[1] Si l’on excepte l’affreuse copie du portrait de Charles-René d’Hozier proposée chez Pescheteau-Badin (salle 16) ce 24 janvier comme maréchal de Tallard (sic).

[2] Huile sur toile, 81 x 65 cm.

[3] Eudel, 1910, p. 89 ; Roman, 1919, p. 164 ; James-Sarazin, 2003, p. 250-255, repr. p. 254 ; Perreau, 2004, p. 172-173, repr. p. 173, fig. 144.

[4] Elle se fera également peindre en 1714. Son époux, Arnaud de Labriffe, l’avait été depuis 1700.

[5] Roman, 1919, p. 164, 179, 183, 185, 188 ; James-Sarazin, 2003, p. 246-255, repr. p. 252 ; Perreau, 2004, p. 172-173, repr. p. 173, fig. 143 ; Perreau, 2005, p. 50, repr. p. 51.

[6] Roman, 1919, p. 175 (identification fautive), 179.

[7] Roman, 1919, p. 163.

[8] Huile sur toile ovale d’après Rigaud. H. 80,5 ; L. 60. Leningrad, musée de L’Hermitage Inv. 7498. Cf. Roman, 1919, p. 123

[9] Roman, 1919, p. 177.

[10] Roman, 1919, p. 163 (identification fautive).

[11] Roman, 1919, p. 175.

[12] Roman, 1919, p. 150.

[13] Roman, 1919, p. 169.

[14] Roman, 1919, p. 164.

[15] Le travail fait par Bailleul en 1712 semble concerner une copie « en grand » car il est rétribué 58 livres pour avoir « Habillé Me le May, toille de 4lt » (ce qui correspond à une toile de 4 pieds 6 pouces, soit 146 x 113 cm. Cf. James-Sarazin, BSHAF, 2009, p. 145). D’ailleurs, Benevault, en 1716, reçoit aussi 48 livres pour avoir : « habillé Mr le May en grand ».

[16] Roman, 1919, p. 293.

[17] Roman, 1919, p. 145.

Par Stéphan Perreau
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